Après la mort d’Emmanuel De Roux
Il y a parfois des téléscopages de l’actualité et de la vie qui se révèlent douloureux. J’ai naturellement tendance à ne rien rater de l’information à l’état brut, perpétuellement aux aguets, prêt à analyser de manière autistique les dernières nouvelles liées à la production minière de nickel en Nouvelle-Calédonie ou aux décisions à venir en matière de surpêche à l’échelle européenne.
De ce fait, j’ai horreur de rater des épisodes. Surtout lorsqu’il s’agit de la mort de quelqu’un qui a compté pour moi, l’air de rien. Bien sûr, Paul Newman est décédé et avec lui quelques uns de mes derniers rêves de Far West, mais la découverte par hasard dans une brève de la mort de ce journaliste du Monde en août dernier me touche particulièrement. J’avais déjà été ému par la disparition de sa femme quelques mois auparavant, et la disparition de cet homme me donne une sensation de vide dans la façon qu’il avait de rendre compte de la vie des musées et du patrimoine.
Bien sûr, il m’est souvent arrivé de m’agacer à la lecture de certains articles que je trouvais un peu “parisiens” dans la perspective, ou manquant de précisions sur certains sites que je pouvais connaître un peu mieux. Mais j’ai toujours apprécié la justesse de ton, la sensibilité de l’analyse de ce monsieur, son amour et son dévouement aussi pour l’art et le patrimoine sous toutes leurs formes. Je n’ai finalement qu’un regret, c’est de n’avoir jamais eu l’occasion d’échanger directement avec cet homme qui s’est intéressé à des lieux dont j’ai pu traiter ou où j’ai pu évoluer.
Chapeau bas, Monsieur De Roux, et au revoir.
Chevaux, grotte de Lascaux
AHE#1 Homo erectus
Le premier supplément d’âme, la première manifestation matérielle d’une pensée symbolique date probablement de l’Homo erectus il y a environ 500 000 ans. Présent en Afrique (Homo ergaster) et dans l’ensemble de l’Eurasie (Sinanthrope, Pithécanthrope), il est celui qui a inventé la maîtrise du feu, s’affranchissant ainsi de la condition animale.
La réalisation ou l’utilisation d’outils n’est pas le propre de l’homme. Les chimpanzés manipulent par exemple des bâtons pour de nombreux usages. En revanche, Homo erectus donne à ses outils des formes inutilement régulières, quasi symétriques : ce sont les bifaces, ou “coups de poings”, outils en forme d’amande, dits de l’Acheuléen, du nom de la commune de Saint-Acheul (Somme, France).
Pourquoi donner à la manufacture de ces objets plus de temps qu’il n’est nécessaire pour les rendre simplement fonctionnels et efficaces ? C’est dans cette interrogation que l’on peut sans doute imaginer l’apparition d’une forme d’art au sens où nos civilisations occidentales l’entendent depuis le moyen âge.
Outre cette dimension artistique, Homo erectus est effectivement le premier à maîtriser le feu : affranchissement du monde animal, capacité à organiser le foyer, à prévoir le fonctionnement du cercle domestique : protection, chaleur, transformation de la nourriture, notamment carnée. L’homme est sur le chemin de la civilisation, par la condition matérielle mais aussi en étant en mesure, par le cru et le cuit, de distinguer un point essentiel de l’imaginaire humain depuis : la nature et la culture, le sauvage et le civilisé.
Homo erectus, ou Heidelbergensis pour les puristes, dont on sait qu’il est arrivé en Europe (Terra Amata, dans les Alpes-Maritimes, Tautavel, dans les Pyrénées-orientales) il y a près d’un million d’années poursuit ainsi son évolution. Vers -300 000 ans avant le présent, les conditions environnementales changent. La glaciation progresse dans l’hémisphère Nord. Entre Méditerranée et glaciers, il développe une culture et des caractéristiques physiques originales et strictement locales : Néandertal.
Sources : Dictionnaire de la Préhistoire, collectif, Encyclopaedia universalis, Albin Michel, 1999, ISBN : 2-226-10789-4, 1120 pages ; Histoire de l’art : Préhistoire et Antiquité (Broché) de Alain Schnapp (Sous la direction de, Flammarion, 1998




1 commentaire