PALIMPSESTES, Agora

La Guyane, c’est pas le Pérou

Posté en ACTUALITÉS par Palimpsestes, Agora à 2 décembre 2008

L’actualité de ces derniers jours est suffisamment riche pour que l’on puisse comprendre les choix éditoriaux des grands organes de presse nationaux. Il faut quand même s’interroger sur le peu de cas qui est fait de la situation dans le département de la Guyane. Ce territoire français est paralysé par un mouvement sans précédent contre la vie chère mené par la plupart des acteurs sociaux du territoire.

Peu de diffusion en radio, quasiment pas en télévision, et pourtant, il s’agit bien d’une partie du territoire national. Je suis partagé. L’actualité ne s’arrête pas à nos frontières, on l’a bien vu encore avec les événements de Bombay ou les affaires de piraterie de l’Océan Indien. Néanmoins, la Guyane est bel et bien française, et l’on ne comprendrait pas que la même situation soit passé sous silence en Corse, en Basse-Normandie ou dans la Creuse. Il y a donc effectivement un problème d’égalité de traitement pour les 200.000 français qui vivent là-bas.

Au coeur de cette histoire, il y a un aspect technique qui nous concerne tous. Vous ne savez surement pas que face à la menace puis à la réalité d’une vague rose aux élections régionales et cantonales de 2004, les gouvernements de Jacques Chirac ont instauré une mesure “préventive” qui ne peut que porter le nom de scélérate… Cette mesure visait à conditionner une bonne part des recettes fiscales et para-fiscales des institutions régionales et départementale à la Taxe Intérieure sur le Produits Pétroliers (TIPP) sur les carburants : elle renvoyait donc largement aux conseils régionaux notamment la responsabilité d’une hausse sur les carburants ; un cadeau important aux acteurs socio-professionnels et aux particuliers, et la politique de la région était et est asphyxiée ; une taxation « normale » ou un peu supérieure à la moyenne, et le gouvernement avait et a beau jeu de dire « Mais vous voyez, la gauche au pouvoir, c’est plus de fiscalité et c’est l’étouffement de l’économie. »

Je n’ai que peu de temps pour développer cet article, mais vous voyez bien qu’à travers un événement tel que cette paralysie de la Guyane peuvent se cacher quelques unes des conséquences d’une politique politicienne revancharde au détriment de l’intérêt général.

Pour en savoir plus, (Lire la suite…)

Une vision réductrice de la banlieue ?

Posté en ACTUALITÉS, HUMEUR par Palimpsestes, Agora à 28 janvier 2008

Coup de gueule au passage dans mes explorations blogonautiques. Je tombe sur ce blog, blog-territorial.com et ce dessin que je ne reproduis pas, question droits d’auteur… Et l’auteur, en l’occurence, il aurait pu avoir des raisons de m’en vouloir après le comm’ que j’ai laissé sur leur blog…

Peut-on résumer la banlieue à un plan sommaire comprenant la zone haschich, la zone cocaïne, sous-entendu deal, la zone portable, la zone petit électroménager, sous-entendu tchoure et recel ? Je dis non ! Bordel, non.

Voici mon commentaire, somme toute pas méchant.

“Deux points d’analyse :
- Humour difficile à cerner.
- Analyse un peu réductrice du point de vue d’un dessinateur-chroniqueur…
Moi-même fils de la cité, ou du quartier comme on dit aujourd’hui, ça m’énerve de voir une banlieue ou un quartier pauvre résumés à ça.
Oui ce qui est décrit dans ce dessin, ça existe, mais il faut se battre pour que ça change, et que l’image aussi change. Mais moi comme d’autres, Fromages, blacks ou rebeus, pour certains nous exerçons des positions intégrées dans la société, parfois avec des responsabilités pour lesquelles la rudesse des règles de la banlieue donne aussi des atouts dans le management… : analyse des situations à risques, réactivité et clairvoyance, rapidité, franchise, humour…

(edit : bravo la brosse à reluire… et question rapidité, c’est surtout à la course à pied ^^ pour échapper aux schtroumphs de tout poils, contrôleurs, policiers, vigiles… Ah naaaaaaan, moi aussi je cède aux clichés faciles…)

Alors ce dessin m’énerve parce qu’il est facile, qu’il ne pose pas les vraies questions, et qu’il est révélateur trop souvent de l’analyse faite par certains de mes amis fonctionnaires territoriaux : trop loin de la réalité, pour beaucoup, pour comprendre. A l’ouest, pour parler français. Et je ne parle pas du plan de Madame Amara que je ne juge pas, ne le connaissant pas encore.

A l’auteur, peut mieux faire, et sans rancune. “

Pour les atouts “management” d’une formation banlieue pendant 20 ans, je n’ai pas mentionné les “shkaffs” et les coups de latte, parce que d’une part l’efficacité est très aléatoire à long terme, d’autre part parce que ça ne me correspond pas vraiment même si des fois ça me démange, et puis surtout ça ne contribue pas à une image de mec civilisé patiemment élaborée…

Alors l’idée, si je me place du point de vue de l’auteur, semblait être de montrer le niveau d’imperfection du plan de Madame Amara, genre il y a tout à faire, et on en est pour l’instant à la case départ. Rien à dire sur cet aspect là. Mais il y a franchement autre chose à faire que de taper dans le cliché quand on n’est pas sûr ni de la perception de l’humour du dessin, ni de la pertinence de l’analyse d’une situation donnée.

Parce qu’en conclusion, ce genre de lieux-communs, ici véhiculé par un site cherchant sa place sur le marché des fonctionnaires territoriaux et des collectivités, finit par entrer dans la tête des recruteurs territoriaux qui par facilité ou par prudence, le plus souvent inconsciemment, en arrivent parfois à écarter certains patronymes ou certaines adresses du jeu libre du marché de l’emploi, y compris pour les titulaires d’un concours. Fonctionnaires territoriaux, amusez-vous à compulser l’annuaire interne de votre collectivité et faites le rapport, parlons clairement, entre la proportion de noms à consonance maghrébine, au hasard, dans cet annuaire et dans les pages blanches du territoire de la même collectivité. Pour les franchaouis de banlieue, c’est un peu plus dur à cerner et c’est un peu moins marqué. Mais je me souviens comme il était délicat pour moi dans une candidature de mentionner mon adresse lorsque je vivais encore chez mes parents dans une banlieue craignos d’une grande ville française… Peut-être sans raison, parce qu’en plus j’étais fier de ce quartier et que je n’ai au final pas eu de problème d’insertion professionnelle. N’empêche.

L’auteur du dessin a pris contact avec moi cet après-midi, suite à mon commentaire, car j’avais pris la précaution de lui envoyer un mail en parallèle. Il m’a très gentiment répondu en regrettant d’une certain manière d’avoir fait ce dessin un peu à la va-vite sans se poser la question d’une interprétation comme la mienne, qui après coup lui parait évidente. Et surtout qu’un tel dessin partant à coup sûr d’un bon sentiment puisse donner du grain à moudre à tous ceux qui véhiculent cette image de quartiers et de banlieues où n’existeraient que drogue et délinquance.

Mise à jour du 29 janvier : Le Directeur de la publication citée, Franck Confino, m’a répondu également sur le site blog-territorial.com. Je vous invite à le lire. L’important est en effet d’échanger sur ces questions. Et évidemment d’agir lorsque c’est possible.