PALIMPSESTES, Agora

Après la mort d’Emmanuel De Roux

Posté en ACTUALITÉS, PATRIMOINE ET CULTURE par Palimpsestes, Agora à 29 septembre 2008

Il y a parfois des téléscopages de l’actualité et de la vie qui se révèlent douloureux. J’ai naturellement tendance à ne rien rater de l’information à l’état brut, perpétuellement aux aguets, prêt à analyser de manière autistique les dernières nouvelles liées à la production minière de nickel en Nouvelle-Calédonie ou aux décisions à venir en matière de surpêche à l’échelle européenne.

De ce fait, j’ai horreur de rater des épisodes. Surtout lorsqu’il s’agit de la mort de quelqu’un qui a compté pour moi, l’air de rien. Bien sûr, Paul Newman est décédé et avec lui quelques uns de mes derniers rêves de Far West, mais la découverte par hasard dans une brève de la mort de ce journaliste du Monde en août dernier me touche particulièrement. J’avais déjà été ému par la disparition de sa femme quelques mois auparavant, et la disparition de cet homme me donne une sensation de vide dans la façon qu’il avait de rendre compte de la vie des musées et du patrimoine.

Bien sûr, il m’est souvent arrivé de m’agacer à la lecture de certains articles que je trouvais un peu “parisiens” dans la perspective, ou manquant de précisions sur certains sites que je pouvais connaître un peu mieux. Mais j’ai toujours apprécié la justesse de ton, la sensibilité de l’analyse de ce monsieur, son amour et son dévouement aussi pour l’art et le patrimoine sous toutes leurs formes. Je n’ai finalement qu’un regret, c’est de n’avoir jamais eu l’occasion d’échanger directement avec cet homme qui s’est intéressé à des lieux dont j’ai pu traiter ou où j’ai pu évoluer.

Chapeau bas, Monsieur De Roux, et au revoir.

Chevaux, grotte de Lascaux

Le Louvre lance le projet d’un centre de réserves et de restauration

Posté en ARCHITECTURE, PATRIMOINE ET CULTURE par Palimpsestes, Agora à 15 septembre 2008

“Le ministère de la Culture et le musée du Louvre ont lancé le 3 juillet 2008  dernier le projet d’un centre de réserves et de restauration qui regroupera en banlieue parisienne les réserves des grands musées nationaux de la capitale, complété de divers pôles scientifiques et financé par la manne d’Abou Dhabi.

Le président-directeur du Louvre Henri Loyrette a lancé le projet de ce “centre d’excellence” regroupant réserves, ateliers de restauration, de moulages et laboratoires de recherches, qui pourrait voir le jour en 2014 en Ile-de-France, dans un lieu à étudier.
Ce projet est rendu nécessaire par l’éventualité d’une crue centennale qui menace les réserves des musées parisiens souvent en bord de Seine.

Le projet, dont le montage juridique et financier reste à définir, sera financé par la manne fournie par l’émirat d’Abou Dhabi, qui donne sur 30 ans un milliard d’euros pour son futur “Louvre-Abou Dhabi”.
Le futur centre doit regrouper les réserves des musées du Louvre, Orsay, Arts décoratifs, Orangerie, Picasso, Branly, Ecole des Beaux-Arts et peut-être dans une hypothèse “élargie”, du Centre Pompidou, du Mobilier national et du Fonds national des arts plastiques.
Il abritera également la plus grande partie du laboratoire des musées de France (C2RMF), ses ateliers de restauration et le laboratoire de recherche des monuments historiques, aujourd’hui disséminés sur plusieurs sites, accueillant également universitaires, public ou spécialistes pour des colloques ou des expositions.

Ce lancement officiel à l’auditorium du Louvre, en forme de matinée d’exposition de projet, de réflexion et de débats, s’adressait à un large public venu du monde des musées mais aussi des collectivités locales, cabinets d’architecture, du bâtiment, etc., pour qu’ils lancent leurs “propositions”.

Au regard des impératifs du projet – configuration du terrain, contraintes du bâtiment, son environnement, son accessibilité, etc. – les acteurs intéressés à y participer devront formuler leurs offres et propositions avant le 15 septembre.

Une trentaine de salariés du laboratoire C2RMF ont par ailleurs manifesté dans le calme le 3 juillet au matin, à côté de la pyramide du Louvre, pour dénoncer le “non-sens économique et scientifique” de leur déménagement loin des musées eux-mêmes.”

La gazette des communes du 4 juillet 2008

Vox bogomili, souffle bulgare en terre cathare

Posté en PATRIMOINE ET CULTURE par Palimpsestes, Agora à 11 septembre 2008

Création réalisée par les Balkanes, inscrite au programme de la Saison Culturelle Européenne 2008.

Polyphonies a capella, interprétées par le quatuor féminin Balkanes et un trio de voix d’hommes, cette écriture est l’aboutissement de plusieurs mois de recherches historiques et artistiques, inspirée entre autres, des livres secrets des Bogomiles et des rituels cathares de Lyon.

Le livret sera interprété en neuf langues (bulgare, slavon, grec, bosniaque, croate, latin, italien, français et occitan, c’est-à-dire dans les langues des pays ou des régions traversés par les personnages de l’histoire.)

Les scénographes Emmanuelle Ricard et Jean Manifacier font la part belle à la lumière, à la projection graphique et aux transparences, à la profondeur et à l’élévation, au rythme des voix traitées sur mode polyphonique.

Mardi 23 septembre à 20h30 à
la Maison des cultures du Monde,
101 boulevard Raspail
75006 Paris.

Entrée libre, dans la limite des places disponibles.

Pour en savoir plus, http://www.bulgaria-france.net/progr.html

Le Mauvais Air, William Daniels

Posté en ACTUALITÉS, PATRIMOINE ET CULTURE, société par Palimpsestes, Agora à 5 septembre 2008

“Malaria, ” Mala Aria “, mauvais air, c’est le nom donné autrefois au paludisme lorsque la maladie décimait les populations en Italie et dans le reste de l’Europe.
Aujourd’hui la malaria fait toujours des ravages. Loin de nous, en Afrique subsaharienne principalement, mais aussi en Asie et en Amérique du Sud.
Engagé au côté de l’AFMEurope depuis 2006, William Daniels parcourt le monde pour rendre compte de ce fléau, des populations déshéritées qui le subissent et des actions de lutte menées pour le contrôler”

Il présente du 9 au 28 septembre sur le pont des arts à Paris une exposition des clichés issus de ce travail.

©William Daniels – Femme enceinte atteinte de malaria dans une clinique près de Bujumbura, Burundi.

A ta santé et à celle de tes proches, Vianney !

Dernière lettre de l’Abbé Derry

Posté en CARNETS DE ROUTE, PATRIMOINE ET CULTURE par Palimpsestes, Agora à 3 septembre 2008

Arrêté le 9 Octobre 1941 pour activité de résistance, déporté, condamné à mort à Düsseldorf le 1er Septembre 1943, l’Abbé Derry a été décapité à Cologne le 15 Octobre 1943. Il est à mon sens exemplaire de la complexité de la France pendant l’occupation allemande et le régime de Vichy, et représentatif de la lutte pour la liberté à cette époque. Il était un catholique fervent comme vous pourrez le voir, jusque dans ses derniers écrits. Agnostique ou croyant, on ne peut néanmoins pas rester indifférent à la force de cette lettre adressée à Monseigneur Chevrot, curé de la paroisse Saint François-Xavier. Je souhaite rendre hommage modestement à cet homme.

Mon Cher Monsieur le Curé
Je suis à quelques jours, peut-être à quelques heures de ma mort. Dieu est bien bon qui me donne une grande paix et cette joie de l’esprit dont parle l’auteur de l’Imitation. Il n’y a rien pour la nature : le corps est brisé, le coeur est meurtri, mais l’âme est dans les hauteurs. Je ne cesse de remercier le bon Dieu qui, dans son immense bonté, m’a redonné tant de ferveur. J’aurais pu mourir, sinon dans le péché, du moins dans la tiédeur que la trop grande activité extérieure risquait d’entraîner. Or, la paille des cachots, le jeûne le plus rigoureux, les humiliations et les misères de toutes sortes, la solitude, tout ce que Dieu dans sa Providence a permis pour mon bien, joint à la prière et à l’oraison continuelle, m’ont conduit sur des sommets où il fait beau et bon. Ma vie depuis deux ans n’a été qu’une messe continue et ce sera bientôt après l’immolation du Calvaire, la communion la plus intime et l’action de grâces éternelles.
Comme Dieu est bon ! Car ma confiance est plus grande que la crainte que je pourrais concevoir à cause de mes péchés. Je demande cependant vos prières et des messes pour toutes celles que je n’aurai pas dites (c’est surtout cela qui fut ma grosse souffrance et qui est aussi l’objet de mes craintes).
Je vous demande pardon de n’avoir pas été ce que j’aurais dû être, comme je demande pardon à tous ceux à qui involontairement j’aurais pu faire de la peine ou causer quelque tort. Je n’ai toujours voulu que le bien : si je me suis trompé dans les moyens, je me rattraperai bientôt en me donnant pour tous.
Quels regrets de ne pouvoir plus me livrer à l’apostolat, et de savoir que ma vie est terminée ici-bas. Le bon Dieu l’avait-il marquée si courte ? mes responsabilités ne sont-elles pas très grandes d’avoir réduit ma vie qu’il voulait pour lui seul plus longue ? … Mais je dépasse et j’abandonne ces craintes pour me jeter le plus complètement possible en Dieu.
J’offre ma vie pour toutes les grandes causes que j’aurais voulu mieux servir, pour Dieu, pour l’Église, pour la France, pour ma chère paroisse Saint François-Xavier, où je suis si souvent par la pensée, pour mon cher Bon-Conseil, pour tous ceux que j’aime.
Puisse ma mort être ma messe la mieux célébrée, la plus généreusement et la plus joyeusement offerte. Je vais bientôt, Cher Monsieur le Curé, voir Celui que, malgré tout, j’ai tant aimé. Je vais enfin l’aimer comme j’aurais voulu l’aimer toute ma vie, et j’espère, de là-haut, faire plus de bien que je n’en ai fait ici-bas …
J’aurais encore tant de choses à vous dire. Mon coeur est plein à déborder et je suis obligé de terminer. (Si vous saviez dans quelles conditions je griffonne ce mot !… les bottes !…) Je pense à tous, je n’oublie personne. Je prie pour tous. J’ai tant aimé ! Mais il me semble que j’aime bien mieux encore et bientôt, de là-haut, comme je vous aiderai !
Comme Dieu est bon de me faire finir sur la paille d’un cachot, dans le dénuement le plus absolu, mais que j’aime, dans l’extrême pauvreté et l’obéissance. Comme la prière et l’oraison sont faciles. Mon bréviaire que j’ai pu dire presque toujours a été ma grande consolation, ma nourriture quotidienne avec l’Imitation de Jésus-Christ. Je n’avais jamais autant goûté les Psaumes.
Je demande encore pardon à tous ceux que j’aurai pu contrister. Priez beaucoup pour moi ! Demandez à mes chers confrères la charité de messes. Et puis, à bientôt, au ciel !… où je suis déjà par la pensée et le désir. Je me permets de vous embrasser très filialement. Je vous redis toute mon affection et puis devinez tout ce que je ne dis pas mais dont mon coeur est plein.

Dieu soit béni et vive la France !
ROGER

Le 2 Septembre 1943
” Vita mutatur non tollitur ” ” Laetus obtulli Universa ” ” Dominus Pars ” ” Bonum est mihi quia humiliasti me ” ” Quam dilecta tabernacula Domine ” ” Fiat voluntas Tua ” (On accepte joyeusement tout de lui). Me permettrai-je un conseil à de plus jeunes confrères : ” Que l’on ne cache pas la vérité à des malades qui vont mourir “. La mort c’est le voile qui se déchire.

P.S. – Comme je voudrais bien mourir ! Je le demande sans cesse au Bon Dieu. Je m’étonne d’avoir une si grande paix. C’est probablement parce que je n’ai pas bien conscience de mes péchés. Le Bon Dieu fait dominer en moi la confiance et la joie du sacrifice. Priez cependant beaucoup pour moi.
Bien mourir !… Ce serait au moins cela de bien dans ma vie dont le Bon Dieu pourrait tenir compte. Oh ! S’il voulait bien, me donner sa grâce et accepter ma vie. Quelle Messe ! S’il continue à m’aider, j’irai en chantant !
Donner sa vie pour ceux que l’on aime, quel bonheur !
Je prie tout spécialement pour les vocations. Que le Bon Dieu donne à son Église, à la France, à la Paroisse de saints Prêtres.
Je supplie que l’on dise des messes pour toutes celles que je n’aurais pas dites.
Vous devez trouver mon testament chez moi. Seuls mes meubles reviennent à ma famille. Tout argent est pour les oeuvres, mon linge pour les pauvres. Je ne pourrai pas donner de mes nouvelles à ma famille. Je recommande à tous de vivre toujours en excellents chrétiens. Redites-leur toute la tendresse et toute l’affection que je ne pourrai, hélas !, leur témoigner.
Ce n’est qu’un Au-revoir. Au Ciel.

…………………………………Qu’est-ce donc que quelques années !……………………………………….

Abbé Derry, Archives Le Bon conseil, Droits réservés

Vicaire à Saint François-Xavier (Paris),
Directeur du Bon-Conseil,
Ancien Aumônier militaire de la 6e D.I.N.A. et de la 40e D.I.,
Chevalier de la Légion d’Honneur,
Croix de Guerre avec palmes 1939-40,

Marchant au supplice il a chanté le ” Te Deum” et s’est avancé vers le bourreau en disant :
” Introibo ad altare Dei “

Commentaires Fermés

Péloponnèse, je me souviens, 1 an plus tard

Posté en CARNETS DE ROUTE, PATRIMOINE ET CULTURE par Palimpsestes, Agora à 18 juillet 2008

Déjà une année écoulée depuis les terribles incendies qui ont ravagé cette magnifique péninsule, berceau de civilisations extraordinaires. Après ces évènements qui ont causé la mort de plus de 70 personnes, je vous propose de découvrir ou redécouvrir ce billet publié en août 2007, alors que les incendies sont de retour dans l’Attique aux portes d’Athènes.

Je me souviens de la beauté des paysages du Péloponnèse…

Palea_Epidavros

CC David Gavin

Je me souviens des champs d’olivier offerts à la vue depuis le théâtre d’Epidaure, de la magie minérale des roches surplombant Mycènes, des veines cristallines nervurant les falaises calcaires du Mont Parnasse où la grotte de la Pythie de Delphes répond aux mystères des grottes ornées paléolithiques de France ou d’Espagne.

Je me souviens des villages de l’extrême sud de la péninsule de Laconie, Vathia, Gerolimenas aux maison tours si caractéristiques d’un passé lointain et si prestigieux pourtant, déjà ravagés en 2000 par les feux de garrigue. Seuls les villages eux mêmes furent préservés, l’incendie laissant déjà de ce paysage millénaire un champ de ruines où par contraste, chaque arbre sauvegardé illuminait les villages, les collines noircies, sur fond d’une méditerranée impassible.

Impossible d’oublier tout cela, pas plus que le littoral, Aghios Nikolaos, Palea Epidavros, où senteurs marines se mêlent aux odeurs de résineux des forêts de pins et de chênes plongeant en Mer ionienne ou dans le Golfe saronique. Pas plus que ces paysages et ces hommes attachants de la montagne, dans les monts Targetos où la fraîcheur des petits matins de Kastania, la rudesse des paysages, la beauté de l’habitat me rappelaient sans cesse la nature balkanique du Péloponnèse.

Je ne veux pas me souvenir des décharges de villages ou le traitement des ordures en plein mois de juillet passe par l’écobuage, pas me souvenir non plus de ces accotements de routes délaissés, en friche, de ces automobilistes balançant si souvent leurs clopes par la fenêtre, ici comme ailleurs…

Et pourtant… A cause de cela je ne pourrais sans doute pas oublier ces images d’apocalypse télévisuelle où tout un pays brûle dans l’impuissance de ses habitants et de ses autorités.