Zoé Félix mise à nue, par Emmanuel
La radio-télévision française a ceci de charmant qu’elle prend ses programmes potentiellement vendeurs comme “Clara Sheller 2, le retour” pour des phénomènes de société.
Vous vous dites à juste titre “Mais n’a t-il pas d’autres chats à fouetter que de nous parler d’une bluette télévisuelle à venir sur les petits écrans de la France endormie de novembre.” Et vous avez raison.
Oui, mais voilà. Il m’arrive d’avoir la faiblesse les dimanche matin où je suis invité de consulter le TV magazine associé à la plupart des titres de la PQR française pour me reposer les neurones et m’amuser de la vacuité de son contenu. Et j’ai fait l’erreur de lire l’entretien accordé par Zoé Félix, interprête du rôle de Clara Sheller herself à l’occasion de la sortie de la nouvelle mouture de cette série télévisuelle. La miette de croissant m’en est remonté dans l’orifice nasal…
A la question, grosso modo, “Clara Sheller aborde des questions de société sensibles telle que l’homosexualité ou l’avortement, comment vous situez vous par rapport à ça ?” Et l’intéressée de répondre :
Il n’y a que chez les personnes âgées et dans le milieu rural que ces questions peuvent encore choquer (…).
J’avoue que je ne sais pas trop comment argumenter face à un tel concentré de bêtise en si peu de mots, et je vous laisse finalement juges.
De deux choses l’une :
- ou Zoé Félix à répondu par mail ou par téléphone à quelques vagues questions d’une pigiste improbable, et il faudrait chercher dans ces tréfonds de la pratique journalistique pour comprendre comment de telles conneries ont pu être restituées dans ce torchon.
- ou Zoé Félix a vraiment dit ça, et après tout, elle ne représente pas grand chose. Certes. Mais qu’il me soit permis de lui dire qu’il serait nécessaire qu’elle ouvre un peu les yeux pour se rendre compte que le chasseur aviné du dimanche soir de nos campagnes n’a pas le monopole de la connerie, loin de là : le (la) fasciste et le (la) réactionnaire sont des espèces également très répandues en milieu urbain, inutile de le rappeler.
J’aimerais aussi lui présenter des homosexuel(le)s très à l’aise dans leur vie quotidienne en milieu rural et qui n’ont pas eu besoin de se réfugier dans l’anonymat du 4ème ou du 11ème arrondissement parisien ou dans tout autre capitale régionale pour vivre pleinement leur sexualité.
J’aimerais aussi lui présenter des jeunes filles ou des jeunes femmes, et certaines plus âgées, qui n’ont pas attendu que le vent vienne des grands centres urbains pour vivre avec leur temps et revendiquer leurs droits à disposer de leurs corps comme elles l’entendaient…
J’aimerais enfin qu’on arrête de prendre les films d’un Depardon pour un reflet fidèle de la ruralité française… Il s’agit à mes yeux d’une imposture qu’est censé savoir surmonter ou dénoncer tout étudiant de licence en sociologie ou en ethnologie du domaine français : la distinction n’est pas dans la ruralité ou dans l’urbanité, mais dans la catastrophe sociale qui touche nombre de personnes qui ont choisi de vivre la ruralité dans une agriculture extensive malmenée et qui les laisse sur le bord de la route. Mais elle ne résume pas la vivacité de la vie à la campagne dans la plupart des régions de France. Imposture parce que les films de Depardon nous sont vendus sous cette étiquette de la ruralité stricto sensu. Point barre.
Je n’en dirais pas plus, parce que je n’ai pas envie d’être grossier, alors que l’envie m’en prend finalement au fil des lignes…
Je retourne me baigner.
Dans l’ambulance… ou la mort de l’État français.
Saint-Agrève, Ardèche – Dans l’ambulance, une femme, un accouchement imminent ; grossesse à risque, peur de l’hémorragie. La maternité privée de Saint-Agrève vient de fermer. Deux semaines à peu près. Une sirène, le gyrophare s’enfonce dans la nuit sur une départementale. Derrière, suit une voiture, un homme au volant – un père – dans l’angoisse. La route est mauvaise, sinueuse… Les orages de la semaine précédente ont dégradé les chaussées, provoqué des éboulements, des chutes de rochers. Le véhicule sanitaire avance lentement, entre chicanes de pierres et rivière de boue. La femme pleure, elle a peur – l’infirmière tente de se rassurer en appliquant à la lettre la procédure d’un tel cas de figure. L’homme écrase sa deuxième cigarette dans le cendrier. Il se souvient de la naissance de l’ainé… En vingt minutes, l’hémorragie ; il est fou de rage face à son impuissance contre la machine administrative omnipotente qui a décidé de la fermeture de la maternité locale. Il ne peut s’empêcher de penser aux notables encravatés, sûrs de leur fait et arrogants dans leur unanimité à décider de l’obsolescence de cet établissement perdu, de ce point sur une carte de France dont un cercle concentrique laisserait à penser que la distance vers les maternités plus importantes les plus proches serait parfaitement raisonnable…
Trois heures. il aura fallu trois heures au bout de l’angoisse pour cette femme, pour cet homme au volant avant de pouvoir bénéficier d’un service public minimal à la maternité d’Annonay. Où est l’égalité des citoyens face à une logique de pure gestion ? Où est la raison face à ce mouvement qui contribue un peu plus à un nouvel exode rural alors que nos villes étouffent… Maternités, perception, postes, demain les sous-préfectures. Déjà, les entreprises déménagent, les commerces suivent, l’hotellerie, les professions libérales, notamment médicales. Et j’en passe.
On me dira, peut être à juste titre, que la maternité de Saint-Agrève n’aurait de toute façon pas convenu pour une grossesse à risque. C’est un simple exemple. La tendance est là. Pour tuer son chien, on dit de lui qu’il a la rage : en retirant progressivement aux maternités rurales les moyens de bien faire, on les a immanquablement condamnées. Les fermetures actuelles ne sont que l’aboutissement logique d’une politique parfaitement raisonnée de démantèlement de l’Etat depuis plusieurs décennies.
Ce pays crève d’une fausse rationnalité économique purement comptable et d’une absence cruelle d’idée de son avenir, au sens le plus noble de l’idéologie. Nous nous voilons la face devant la désindustrialisation, devant la disparition de l’Etat, devant l’absence d’une vraie politique d’aménagement, d’une vraie politique d’innovation et de recherche orientée vers les nouveaux enjeux industriels, notamment environnementaux. Nous laissons le champ libre au tout libéral. Les vrais gouvernants de ce pays sont les énarques du CAC40 qui décident du sort de nos concitoyens en fonction de leurs propres intérêts de caste, préférant investir la richesse nationale dans les pays émergents en attendant que les Chinois ou les Vietnamiens ne se réveillent et n’exigent eux aussi des conditions de vie et de travail décentes. Et nous restons passifs, fatalistes…
Je mélange tout ? Pas si sûr. Réfléchissez-y.
En attendant, dans quelques jours, le 5ème élément devra accoucher à 50 kilomètres d’ici. Toi le décideur de l’Agence Régionale d’Hospitalisation, j’aurais une pensée pour toi. Une pensée comme un regard franc et parfaitement dirigé. Entre tes deux yeux.
Doit-on débattre d’Edvige ?
Certainement. Encore faut-il être en position de force.
Ce fichier vise, par décret gouvernemental, à ficher dès l’âge de 13 ans, “de centraliser, et d’analyser les informations relatives aux personnes physiques et morales ayant sollicité, exercé ou exercant un mandat électif, politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux” Ces données peuvent être “à caractère personnel qui font apparaître [...] les origines raciales, ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses [...] ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci.”
Ne nous voilons pas la face. Il y a longtemps que les RG pratiquent ce sport en off jusqu’au fin fond des plus obscures sous-préfectures. Il n’empêche. Question de principe !
La meilleure façon de tuer une démocratie est de lui permetttre de mettre en place les outils dont un totalitarisme pourra se servir pour se débarasser d’elle – Jacques Attali.
N’oubliez pas… Jeux olympiques de Pékin, 8 août 2008
Jeux olympiques Pékin 2008, cérémonie d’ouverture, vous faites ce que vous voulez, mais moi je boycotte…

Ciao Lux B.
“-De mon quartier, Monsieur, on voit la mer…
-Et de la mer, Monsieur, on voit mon quartier…”
Hommage, aïoli, putain, ça me donne envie de pleurer…
Massacre des services publics
Millie, infirmière en néonatologie, nous rapporte les informations sur la suppression de postes dans son unité de soins : non remplacement des départs, réduction d’effectifs, baisse de la qualité des soins, jusque dans les petits détails qui peuvent aider les enfants à s’en sortir, comme travailler la succion en passant du temps à faire téter l’enfant.
Jusqu’à quand va t-on être capable de supporter ce gaspillage au nom de la simple logique comptable…
Chaque jour apporte son lot d’infos ou de réactions comme celles de Millie à cette litanie de dégradations de la qualité de vie en Europe, ou tout au moins en France…
Je ne peux même pas dire “payons plus d’impôts pour sauver nos services publics”… Qui en France ne souffre pas à des échelles évidemment très diverses de la précarité et de la hausse du coût de la vie, quand ce n’est pas de la pauvreté tout court ?
Il n’est pas dit d’aileurs que cela nécessiterait plus de taxations : une meilleure organisation de certains secteurs moins sensibles, des économies sur certains projets, sans remettre en cause les domaines de la santé, de l’éducation, de la culture ou des affaires sociales.
Les Agences régionales d’hospitalisation argumentent partout de la faiblesse technique de certains hôpitaux dans certains domaines, comme la maternité, pour justifier de la suppression ou de la requalification de ceux-ci : sans prendre en compte la pérennité économique de certaines petites villes ou la difficulté pour certains d’aller se faire soigner à 40, 50, 70 kilomètres de leur domicile.
Déprimant…
Du miel au fiel : immigration clandestine
J’ai aimé l’évocation du roman de Dominique Rousset, le “goût du miel”, dans l’émission de Paula Jacques sur France Inter ce dimanche.

Cette journaliste, ici romancière, est allé chercher dans les faits divers et dans la réalité des immigrants clandestins, telle qu’elle nous est restituée par les médias européens, la matière brute pour un récit rendant la substance finalement héroïque de ces hommes et de ces femmes.
Qui était Lamine avant de n’être à nos yeux occidentaux qu’un corps congelé et fracassé dans les laitues d’un retraité de la banlieue de Paris ?
Pourquoi Micha s’est-il retrouvé piégé dans un camp de travail forcé des Pouilles tenu par le crime organisé ?
Rendre sensible ces hommes et leurs destinées est un moyen fort de contribuer à une véritable prise de conscience de ce qui se joue chez nous mais également en Afrique, en Asie ou en Europe de l’est.

Dorénavant, je suis maoïste…
Ca doit être une question saisonnière de rhume des foins… J’ai atteinS le stade ultime de la tolérance : un rien m’énerve, me donne envie de gerber, de sortir la kalashnikov, le bazooka, le shrapnel…
France Inter qui interrompt ses programmes comme si le Pape était mort ou Ingrid Bétancourt libérée l’autre soir pour nous annoncer que… Sarkozy était sur le tarmac pour attendre les otages du Ponant de retour… Passe encore…
On nous abreuve des descriptions des meurtres de Fourniret, jusqu’à la description du regard de ces filles étranglées au moment de passer de vie à trépas et mon estomac se retourne, je regarde mon fils qui passe par là presque insouciant, et je me dis “mais qu’est ce que c’est que ce monde où on l’a embarqué ?”. Bon.
Un crétin du Medef vient nous expliquer que le SMIC à 1000 euros est trop élevé et que cela nuit à la compétitivité des entreprises françaises… Mais je rêve, mais il sort d’où ce mec ? C’est pas possible, c’est pas une femme qui l’a mis au monde, c’est, je sais pas, une bétonneuse, un four à pizza… Il a vu où qu’on vivait avec un SMIc correctement ? Et il a vu où cet enfoiré doublé d’un abruti qu’on pouvait acheter ses produits avec 1000 euros quand tu es passé par la case loyer ou crédit, GDF, EDF, Véolia, France Télécom, Mutuelle (et encore) , assurance bagnole, bouffe, cantine, essence, carte de transport ? Il sort de Mars, c’est un alien, ou il le fait exprès pour nous énerver au moment du café. Bordel, c’est bien que je me suis promis de ne pas trop être grossier sur ce blog mais je le traiterai bien d’enculé ce mec là…
Maoïste, maoïste, maoïste…
Alors aujourd’hui je suis mao, et je prône la mise en internement immédiate des dirigeants du CAC 40 et des principaux cadres et actionnaires dans des cités où ils auront l’obligation de vivre pendant 3 ans, je suis gentil, avec 1000 euros maxi, un boulot sympa, vous voyez ce que je veux dire, et interdiction de se faire aider par leurs familles…
Oui, je sais, c’est intolérant, c’est anti économique, c’est anti logique globale de la mondialisation économique, mais je m’en tape, ça me fait du bien, et si tu viens me dire “Nya nya nya mais qui c’est qui va les diriger aussi bien les entreprises du CAC 40, je te répondrai qu’il y a des gens qui ont oublié d’être cons mais pas de se souvenir que c’est le travail des hommes qui fait la richesse et pas la spéculation sur les entreprises, l’immobilier ou les matières premières, t’as qu’a demander en Somalie ou au Franprix du coin, tu verras.”
Il est où mon flingue ?

Pas besoin de commenter, non ? (Drapeau de l’Union Soviétique, la Chine m’agace…)
Coluche et la campagne publicitaire d’Adecco : viser au bon endroit…
En découvrant cette campagne dont je n’avais jusqu’à présent fait qu’entendre parler, je me suis souvenu que même s’il n’y avait pas de quoi dépecer un actionnaire d’un fond de pension où abattre en pleine rue le patron d’Adecco ou de Renault, j’avais une certaine conscience. Je me suis remémoré ce que représentait Coluche pour l’adolescent que j’étais lors de sa mort en 1986. Et je me suis souvenu des paroles de Renaud Séchan… “On les a récupéré, oui mais moi on m’aura pas, je tirerai le premier, et je viserai au bon endroit…” Je sais, c’est encore une expression un peu surannée d’une forme de gauchisme has been et pas très tendance, y compris et peut-être surtout dans la gauche institutionnelle actuelle.
Il n’empêche. Je ne suis pas Coluche, mais je n’apprécierais pas que mes ayant-droits vendent mon image dans l’absolu et en particulier à des entreprises qui établissent leur activité sur une forme d’exploitation des professionnels.
Je suis d’accord avec l’idée que chacun à un moment de sa vie puisse avoir envie de jongler d’un job à l’autre, c’est clair. C’est cependant une tendance légère, réelle mais légère, qui me semble utilisée par certains pour justifier sociologiquement et médiatiquement de mettre toute une génération dont je ne suis pas dans la flexibilité. L’intérim est aussi une forme de liberté, certes, mais c’est l’expression d’un profond malaise de la société du travail. Et je me trompe peut-être, mais je trouve gonflé d’utiliser le parcours de Coluche pour appuyer cette justification.
D’où l’envie, strictement personnelle donc subjective, de tirer à vue.
Le débat est ouvert. Il l’est aussi sur Epidemik.eu.


19 commentaires