Mythologies modernes
Il y a des mythes qui perdurent sur l’Internet. L’un des plus amusants est de croire que l’interactivité et le caractère participatif du web 2.0 auraient permis l’émergence de nouvelles formes d’expression littéraires. c’est le cas du twitting, ou micro-blogging. Cette formule qui consiste à exprimer en peu de mots ses propres faits et gestes ou son humeur est de plus en plus répandue, avec des outils de plus en plus perfectionnés. Cette forme de blogging est d’autant plus prisée et encouragée qu’elle peut s’avérer lucrative pour nombre d’opérateurs de télécommunications : téléphonie mobile, internet mobile, … Il est en effet assez facile et tentant de transmettre ses humeurs ou ses actes par téléphone cellulaire ou EEEPC, moyennant abonnement, à ses réseaux sociaux comme on le faisait avec les SMS destinés aux cercles de proches.
La bloggueuse Nahimage, perspicace, ne croyait pas si bien dire en prenant le contrepied de ce mouvement par une parodie de la chanson de Claude François, “Comme d’habitude”. L’Internet n’a rien inventé. Le “micro-blogging” est l’expression parcellaire d’une littérature bien fournie et dont l’une des plus intéressantes est celle du journal de l’ethnographe. Nombreux sont ces hommes et ces femmes à être partis découvrir leurs terrains de recherches (fieldworks en anglais) dans des contrées plus ou moins exotiques, avec des objectifs scientifiques plus ou moins bien identifiés. Le journal s’avérait être pour eux, dans une minutie extrême, comme le moyen de ne pas perdre une once de leurs observations tout autant que le moyen de formaliser leurs perceptions, leurs ressentis, et de garder un oeil sur l’évolution de leur psychisme. Ceci dans des contextes parfois difficiles ou exigeants, soumettant le moral de l’explorateur moderne à rude épreuve.
Je ponctuerai désormais occasionnellement Palimpsestes des écrits de ces femmes et de ces hommes, derniers avatars de la colonisation ou simples observateurs de la modernité de l’Occident. De l’Amazonie à la Nouvelle Guinée, du bocage normand aux avenues parisiennes.
Dernière lettre de l’Abbé Derry
Arrêté le 9 Octobre 1941 pour activité de résistance, déporté, condamné à mort à Düsseldorf le 1er Septembre 1943, l’Abbé Derry a été décapité à Cologne le 15 Octobre 1943. Il est à mon sens exemplaire de la complexité de la France pendant l’occupation allemande et le régime de Vichy, et représentatif de la lutte pour la liberté à cette époque. Il était un catholique fervent comme vous pourrez le voir, jusque dans ses derniers écrits. Agnostique ou croyant, on ne peut néanmoins pas rester indifférent à la force de cette lettre adressée à Monseigneur Chevrot, curé de la paroisse Saint François-Xavier. Je souhaite rendre hommage modestement à cet homme.
Mon Cher Monsieur le Curé
Je suis à quelques jours, peut-être à quelques heures de ma mort. Dieu est bien bon qui me donne une grande paix et cette joie de l’esprit dont parle l’auteur de l’Imitation. Il n’y a rien pour la nature : le corps est brisé, le coeur est meurtri, mais l’âme est dans les hauteurs. Je ne cesse de remercier le bon Dieu qui, dans son immense bonté, m’a redonné tant de ferveur. J’aurais pu mourir, sinon dans le péché, du moins dans la tiédeur que la trop grande activité extérieure risquait d’entraîner. Or, la paille des cachots, le jeûne le plus rigoureux, les humiliations et les misères de toutes sortes, la solitude, tout ce que Dieu dans sa Providence a permis pour mon bien, joint à la prière et à l’oraison continuelle, m’ont conduit sur des sommets où il fait beau et bon. Ma vie depuis deux ans n’a été qu’une messe continue et ce sera bientôt après l’immolation du Calvaire, la communion la plus intime et l’action de grâces éternelles.
Comme Dieu est bon ! Car ma confiance est plus grande que la crainte que je pourrais concevoir à cause de mes péchés. Je demande cependant vos prières et des messes pour toutes celles que je n’aurai pas dites (c’est surtout cela qui fut ma grosse souffrance et qui est aussi l’objet de mes craintes).
Je vous demande pardon de n’avoir pas été ce que j’aurais dû être, comme je demande pardon à tous ceux à qui involontairement j’aurais pu faire de la peine ou causer quelque tort. Je n’ai toujours voulu que le bien : si je me suis trompé dans les moyens, je me rattraperai bientôt en me donnant pour tous.
Quels regrets de ne pouvoir plus me livrer à l’apostolat, et de savoir que ma vie est terminée ici-bas. Le bon Dieu l’avait-il marquée si courte ? mes responsabilités ne sont-elles pas très grandes d’avoir réduit ma vie qu’il voulait pour lui seul plus longue ? … Mais je dépasse et j’abandonne ces craintes pour me jeter le plus complètement possible en Dieu.
J’offre ma vie pour toutes les grandes causes que j’aurais voulu mieux servir, pour Dieu, pour l’Église, pour la France, pour ma chère paroisse Saint François-Xavier, où je suis si souvent par la pensée, pour mon cher Bon-Conseil, pour tous ceux que j’aime.
Puisse ma mort être ma messe la mieux célébrée, la plus généreusement et la plus joyeusement offerte. Je vais bientôt, Cher Monsieur le Curé, voir Celui que, malgré tout, j’ai tant aimé. Je vais enfin l’aimer comme j’aurais voulu l’aimer toute ma vie, et j’espère, de là-haut, faire plus de bien que je n’en ai fait ici-bas …
J’aurais encore tant de choses à vous dire. Mon coeur est plein à déborder et je suis obligé de terminer. (Si vous saviez dans quelles conditions je griffonne ce mot !… les bottes !…) Je pense à tous, je n’oublie personne. Je prie pour tous. J’ai tant aimé ! Mais il me semble que j’aime bien mieux encore et bientôt, de là-haut, comme je vous aiderai !
Comme Dieu est bon de me faire finir sur la paille d’un cachot, dans le dénuement le plus absolu, mais que j’aime, dans l’extrême pauvreté et l’obéissance. Comme la prière et l’oraison sont faciles. Mon bréviaire que j’ai pu dire presque toujours a été ma grande consolation, ma nourriture quotidienne avec l’Imitation de Jésus-Christ. Je n’avais jamais autant goûté les Psaumes.
Je demande encore pardon à tous ceux que j’aurai pu contrister. Priez beaucoup pour moi ! Demandez à mes chers confrères la charité de messes. Et puis, à bientôt, au ciel !… où je suis déjà par la pensée et le désir. Je me permets de vous embrasser très filialement. Je vous redis toute mon affection et puis devinez tout ce que je ne dis pas mais dont mon coeur est plein.Dieu soit béni et vive la France !
ROGERLe 2 Septembre 1943
” Vita mutatur non tollitur ” ” Laetus obtulli Universa ” ” Dominus Pars ” ” Bonum est mihi quia humiliasti me ” ” Quam dilecta tabernacula Domine ” ” Fiat voluntas Tua ” (On accepte joyeusement tout de lui). Me permettrai-je un conseil à de plus jeunes confrères : ” Que l’on ne cache pas la vérité à des malades qui vont mourir “. La mort c’est le voile qui se déchire.P.S. – Comme je voudrais bien mourir ! Je le demande sans cesse au Bon Dieu. Je m’étonne d’avoir une si grande paix. C’est probablement parce que je n’ai pas bien conscience de mes péchés. Le Bon Dieu fait dominer en moi la confiance et la joie du sacrifice. Priez cependant beaucoup pour moi.
Bien mourir !… Ce serait au moins cela de bien dans ma vie dont le Bon Dieu pourrait tenir compte. Oh ! S’il voulait bien, me donner sa grâce et accepter ma vie. Quelle Messe ! S’il continue à m’aider, j’irai en chantant !
Donner sa vie pour ceux que l’on aime, quel bonheur !
Je prie tout spécialement pour les vocations. Que le Bon Dieu donne à son Église, à la France, à la Paroisse de saints Prêtres.
Je supplie que l’on dise des messes pour toutes celles que je n’aurais pas dites.
Vous devez trouver mon testament chez moi. Seuls mes meubles reviennent à ma famille. Tout argent est pour les oeuvres, mon linge pour les pauvres. Je ne pourrai pas donner de mes nouvelles à ma famille. Je recommande à tous de vivre toujours en excellents chrétiens. Redites-leur toute la tendresse et toute l’affection que je ne pourrai, hélas !, leur témoigner.
Ce n’est qu’un Au-revoir. Au Ciel.…………………………………Qu’est-ce donc que quelques années !……………………………………….
Abbé Derry, Archives Le Bon conseil, Droits réservés
Vicaire à Saint François-Xavier (Paris),
Directeur du Bon-Conseil,
Ancien Aumônier militaire de la 6e D.I.N.A. et de la 40e D.I.,
Chevalier de la Légion d’Honneur,
Croix de Guerre avec palmes 1939-40,
Marchant au supplice il a chanté le ” Te Deum” et s’est avancé vers le bourreau en disant :
” Introibo ad altare Dei “
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Péloponnèse, je me souviens, 1 an plus tard
Déjà une année écoulée depuis les terribles incendies qui ont ravagé cette magnifique péninsule, berceau de civilisations extraordinaires. Après ces évènements qui ont causé la mort de plus de 70 personnes, je vous propose de découvrir ou redécouvrir ce billet publié en août 2007, alors que les incendies sont de retour dans l’Attique aux portes d’Athènes.
Je me souviens de la beauté des paysages du Péloponnèse…
CC David Gavin
Je me souviens des champs d’olivier offerts à la vue depuis le théâtre d’Epidaure, de la magie minérale des roches surplombant Mycènes, des veines cristallines nervurant les falaises calcaires du Mont Parnasse où la grotte de la Pythie de Delphes répond aux mystères des grottes ornées paléolithiques de France ou d’Espagne.
Je me souviens des villages de l’extrême sud de la péninsule de Laconie, Vathia, Gerolimenas aux maison tours si caractéristiques d’un passé lointain et si prestigieux pourtant, déjà ravagés en 2000 par les feux de garrigue. Seuls les villages eux mêmes furent préservés, l’incendie laissant déjà de ce paysage millénaire un champ de ruines où par contraste, chaque arbre sauvegardé illuminait les villages, les collines noircies, sur fond d’une méditerranée impassible.
Impossible d’oublier tout cela, pas plus que le littoral, Aghios Nikolaos, Palea Epidavros, où senteurs marines se mêlent aux odeurs de résineux des forêts de pins et de chênes plongeant en Mer ionienne ou dans le Golfe saronique. Pas plus que ces paysages et ces hommes attachants de la montagne, dans les monts Targetos où la fraîcheur des petits matins de Kastania, la rudesse des paysages, la beauté de l’habitat me rappelaient sans cesse la nature balkanique du Péloponnèse.
Je ne veux pas me souvenir des décharges de villages ou le traitement des ordures en plein mois de juillet passe par l’écobuage, pas me souvenir non plus de ces accotements de routes délaissés, en friche, de ces automobilistes balançant si souvent leurs clopes par la fenêtre, ici comme ailleurs…
Et pourtant… A cause de cela je ne pourrais sans doute pas oublier ces images d’apocalypse télévisuelle où tout un pays brûle dans l’impuissance de ses habitants et de ses autorités.
Fiers d’être Grenoblois ?
Je vous ai vu les jeunes, traîner la nuit sur Palimpsestes, à fantasmer sur la -de moins en moins hypothétique- montée en Ligue 1 du Grenoble Foot 38… A arpenter l’article que j’avais consacré au nouveau Stade des Alpes, à imaginer peut-être trouver un bon plan pour une place lors du match du 13 mai qui sera peut-être celui de la montée…
Non, vous ne la trouverez pas ici la gâche, mais si vous repassez par là, je peux vous dire que je rêve un peu éveillé en ce moment, comme pour ces trucs qu’on attendait plus, auquel on ne croyait plus… Grenoble en 1ère division de foot, c’était un pur fantasme, un rêve un peu irréel de gosse, balayé par la bêtise des dirigeants de la fin des années 80. Evidemment, pour ceux qui ne s’intéressent pas au foot ou à Grenoble, ce n’est pas le genre de trucs à casser trois pattes à un canard, mais je m’en fous : rien que pour le plaisir, je revois ces matchs auquel j’ai assisté gamin : Grenoble-Cannes, 1 à 1, le premier, en 1983 je crois, Grenoble-ASSE, en 1985, pénalty de Néhoda, 20 centimètres de neige à la mi-temps, et victoire des Stéphanois au final… ou encore, un an plus tard, toujours Grenoble-ASSE, et le magicien Roger Milla qui plantent trois buts d’extra-terrestre en 10 minutes à mes favoris, quelques années avant de faire rêver le monde entier avec le Cameroun en Italie… Rien à dire…

Je me souviens aussi de la connerie des Ultras Lyonnais, à Chambéry, un obscur 32ème de coupe de France, insultant, crachant leur haine et leur abjection à des spectateurs Savoyards ou Isérois venus en famille pour passer un bon moment devant un OL-Grenoble sans suspense, un souvenir qui me donnera toujours le recul nécessaire en tant que supporter assumé.

Je me souviens encore des années noires, les 90’s, à batailler en Nationale Une alors, en CFA, en National enfin, contre les réserves pro, contre Alès ou Sète, contre Le Touquet pour jouer la montée, des années finalement plaisantes malgré le niveau de jeu…
Et puis le retour en Ligue 2 : loin de Grenoble, je n’ai pu assister qu’à peu de matchs, juste le plaisir de voir mon club se reconstruire peu à peu pendant que je traînais mes jeans de trentenaire à Gerland pour y voir jouer l’OM, le LOSC ou le Real de Madrid.
Je n’y croyais pas, je n’y croyais plus, alors quoiqu’il arrive lundi prochain, quoiqu’il arrive l’année prochaine : merci les mecs, merci d’avoir mouillé ce maillot, merci d’y avoir cru jusqu’au bout cette saison, merci. Et Allez Grenoble…

Péloponnèse, je me souviens…
Je me souviens de la beauté des paysages du Péloponnèse…
CC David Gavin
Je me souviens des champs d’olivier offerts à la vue depuis le théâtre d’Epidaure, de la magie minérale des roches surplombant Mycènes, des veines cristallines nervurant les falaises calcaires du Mont Parnasse où la grotte de la Pythie de Delphes répond aux mystères des grottes ornées paléolithiques de France ou d’Espagne.
Je me souviens des villages de l’extrême sud de la péninsule de Laconie, Vathia, Gerolimenas aux maison tours si caractéristiques d’un passé lointain et si prestigieux pourtant, déjà ravagés en 2000 par les feux de garrigue. Seuls les villages eux mêmes furent préservés, l’incendie laissant déjà de ce paysage millénaire un champ de ruines où par contraste, chaque arbre sauvegardé illuminait les villages, les collines noircies, sur fond d’une méditerranée impassible.
Impossible d’oublier tout cela, pas plus que le littoral, Aghios Nikolaos, Palea Epidavros, où senteurs marines se mêlent aux odeurs de résineux des forêts de pins et de chênes plongeant en Mer ionienne ou dans le Golfe saronique. Pas plus que ces paysages et ces hommes attachants de la montagne, dans les monts Targetos où la fraîcheur des petits matins de Kastania, la rudesse des paysages, la beauté de l’habitat me rappelaient sans cesse la nature balkanique du Péloponnèse.
Je ne veux pas me souvenir des décharges de villages ou le traitement des ordures en plein mois de juillet passe par l’écobuage, pas me souvenir non plus de ces accotements de routes délaissés, en friche, de ces automobilistes balançant si souvent leurs clopes par la fenêtre, ici comme ailleurs…
Et pourtant… A cause de cela je ne pourrais sans doute pas oublier ces images d’apocalypse télévisuelle où tout un pays brûle dans l’impuissance de ses habitants et de ses autorités.
Ivan, 12 ans
A l’heure où ce môme d’origine russe est entre la vie et la mort, il n’est pas temps de juger qui que ce soit, il faut juste espérer qu’il puisse s’en sortir. N’empêche, quelque soit le pragmatisme qui conduirait à penser qu’il faut agir pour limiter l’immigration clandestine, couper l’herbe sous le pied aux filières de passeurs quelque qu’elle soit, on ne peut pas ne pas se dire que ce pays à quelque chose de pourri dans sa relation à l’autre, dans ses fondements mêmes qui se disent et se voudraient profondément humanistes. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir honte d’être français, même si j’aime ce pays, ses habitants, au coeur de l’Europe…Je me souviens de mes réactions pendant les années de guerre dans les Balkans… Comment pouvait-on imaginer la guerre à Sarajevo, ville-creuset, européenne comme il en existe peu, à 2 heures de vol de Lyon ou Genève, chez nos frères… Mais la guerre n’est-elle pas chez nous désormais, dans cette relation de défiance entre quelques cyniques de l’ombre, du côté noir de la Force, qui portent un message de nettoyage national à Argenteuil ou ailleurs, et ceux dont les parents sont venus pour chercher simplement de quoi manger, ou simplement comme dans le cas, peut-être, de ce Russe qui attend à côté d’une chambre d’hôpital, une sécurité qu’il n’avait plus chez lui et qu’il a cru trouver sur la terre de Voltaire et des lumières…
Je mes souviens de ces jeunes maghrébins dans le métro de Lyon, qui provoquaient les passagers par défi et un peu par bêtise. bien sûr que c’est inexcusable, bien sûr que ça fait peur, mais ne sont-ils pas tous simplement le miroir de l’agressivité, de l’imbécilité de la société française, du projet de nation à la sauce Sarkozy ? Le simple reflet de ce que nous sommes tous dans nos villes, indifférents les uns aux autres, juste désireux majoritairement de travailler plus pour gagner plus, sans prêter attention à nos voisins les plus proches, prêt pour beaucoup à nous marcher les uns sur les autres ?
La violence appelle la violence, mais comme pour les marchands de canon de la Grande guerre, cette violence ci sert la cause et les intérêts de ceux qui en on fait leur fond de commerce…
Alors Ivan, je t’en prie, ne sois pas un martyr de ces imbéciles qui envoient des hommes fracasser les portes d’autres hommes à coup de bélier… Réveille-toi et sois heureux, chez toi, en France.



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