Le Nord va bien, merci !
“Nous connaissions ces soirées habituelles, à Boulogne ou à Avesnes-sur-Helpe. Des soirées-bières où on invite les voisins, on boit beaucoup, on joue aux cartes ou au jeu de l’oie, et où le gagnant peut choisir une petite fille, avec l’accord des parents.” “Là-bas, ce ne sont pas des psychologues qu’il faut envoyer, mais des sociologues ou des ethnologues” Didier Beauvais, avocat à la cour de Cassation
Ces propos auraient été tenus lors des auditions du juge Burgaud dans le cadre de l’enquête disciplinaire sur l’affaire d’Outreau, Outreau qui comme peu le savent finalement, est une petite bourgade de bord de mer dans la périphérie de Boulogne sur Mer.
Les sphères politiques de la région Nord-Pas-de-Calais sont quasiment immédiatement montées au créneau, réclamant des excuses publiques et une procédure disciplinaire à l’encontre de ce personnage. Bien sur, il faudra faire la preuve que ces propos ont bien été tenus, et à ce titre je me garderai bien de lancer un jugement moral définitif, n’étant pas moi-même un petit juge d’instruction se laissant porter par la vindicte populaire.
Si cependant ces propos ont bel et bien été prononcés, je dois dire qu’ils ne me font pas rire. Pas du tout. A double titre. En tant que Nordiste et en tant qu’ethnologue de formation.
Je ne comprends pas comment l’on peut laisser à penser qu’une composante culturelle d’une part importante de la population française pourrait se laisser aller à de tels comportement, sinon en ayant oublié de se servir de longue date de ses derniers neurones… Comme si le mélange alcool, misère économique, misère sociale et atavisme culturel pouvait engendrer de tels faits de manière largement répandue. Serait-ce oublier que si ces faits-divers existent bel et bien, ils ne sont pas l’apanage d’une région, d’un peuple, d’une culture ou d’une catégorie sociale. La perception de la pédophilie a évolué à travers les contrées et les âges. Elle était socialement justifiée dans l’occident grec, avant de devenir dans le discours des élites une tare des miséreux.
Elle est longtemps resté un tabou dans les mots, pour être enfin stigmatisée dans les faits comme un phénomène inacceptable, au même titre que la violence faites aux femmes. Pas besoin de chercher bien loin pour se rendre compte qu’elle est un phénomène largement répandu en France sur tout le territoire national et dans toutes les couches de la population.
Faut-il remémorer ces affaires de juges pris la main dans le sac en possession de milliers d’image pédo-pornographiques ? Faut-il rappeler ces histoires de moeurs de notables de province, notaires, avocats, huissiers, abusant de jeunes filles à peine pubères pour quelques billets, satisfaisant ainsi leur perversité chronique ?
Faire appel à l’ethnologie ou à l’ethnopsychiatrie est encore plus pervers, car c’est tenter d’instrumentaliser une discipline scientifique déjà fragilisée par une certaine forme de bien-pensance en lui demandant de confirmer par sa légitimité scientifique un préjugé grossier sur une caractéristique soi-disant culturelle. Encore une fois, la pédophilie touche a priori toutes les catégories socio-professionnelles : laisser à penser qu’elle touche des catégories exclusivement populaires, en stigmatisant une région donnée, est parfaitement vomitif, parce que cela fait appel aux visions les plus nauséeuses et les plus méprisantes du déterminisme renvoyant les pauvres à leur condition sans autre forme de procès, en les parquant dans un ghetto imaginaire fait d’alcool, de crasse, d’ignorance, d’abjection sexuelle, et si possible dans une contrée déjà largement stigmatisée pour la prétendue noirceur de ses murs et de ses ciels, pour la prétendue rusticité de sa langue, par ailleurs reconnue comme telle par le Conseil de l’Europe, ou pour la prétendue pauvreté spirituelle et matérielle de ses habitants.
Je ne me permettrai pas d’être grossier envers la personne incriminée, puisqu’elle tente de faire valoir certains arguments. Je dis simplement que j’en ai marre que l’on s’en prenne aux couches populaires quand il faudrait aussi regarder avec plus d’acuité son voisin de cocktail, que j’en ai marre que l’on s’en prenne à ma région, aussi, surtout de la part de dégénérés n’ayant qu’une connaissance géographique et sociologique approximative de ce qui dépasse leur champs de vision étroit du 5ème arrondissement parisien ou de leurs bureaux miteux de fonctionnaires étriqués de sous-préfecture.
Mes enfants par mes origines sont aussi des enfants du Nord. Je veux qu’ils soient, aussi, fiers de ces racines. Cela dépasse l’idée des imbéciles heureux nés quelque part, c’est une simple logique de possiblité de construction de soi dans une -des- histoires familiales et culturelles qui ne seraient pas entâchées de suspicions entraînées par la bêtise crasse de quelques supporters haineux ou de quelques bourgeois imbéciles.
C’est une question d’honneur. Il n’y a pas qu’en Corse ou qu’en Albanie qu’on connait ce mot et cette valeur.
Une simple réaction épidermique à la lettre de Monsieur Braitberg et au conflit Hamas-Israël
Je publie ci-dessous la lettre parue dans le Monde.fr du 28 janvier 2009 et écrite par l’écrivain Jean-Moïse Braitberg. Cela fait quelques jours que je m’interroge sur ce conflit, sur cette intervention d’Israël… Très difficile, parce que l’idée n’est pas de prendre partie, alors qu’il n’est quasiment pas possible en France de l’ouvrir à ce sujet sans le faire. J’ai été révolté, ulcéré même par le crétinerie des points de vue et des actions communautaristes qui se sont déchainées ici, comme de l’aveuglement à charge de bon nombre de mouvances d’extrême-gauche qui voient rouge sans mauvais jeu de mots lorsque l’on prononce le nom d’Israël, franchissant parfois sans vergogne les limites les plus abjectes de l’anti-sémitisme bon teint de l’avant-guerre et de la troisième république.
La lettre de ce monsieur peut parfaitement se justifier et est très sensible. Peut-être aurais-je eu la même réaction que lui. Israël est née sur un combat, qui est lui aussi d’ailleurs passé par le terrorisme, comme le FLN ou comme l’OLP, et s’est ensuite parfois -souvent ?- fourvoyé. Il n’empêche qu’on ne peut être naïf face au cynisme et à la brutalité du Hamas.
Au final, ce sont des enfants qui explosent, ou qui se vident de leur sang et de leurs tripes dans les bras de leurs grands frères, des pères qui meurent sous les yeux de leurs femmes et de leurs enfants, des soldats qui rentrent chez eux dans une boîte.
Si l’on s’en tient à l’histoire des roquettes du Hamas on peut s’énerver de la disproportion de la réplique d’Israël, tout en n’étant pas naïf devant les intentions provocatrices réfléchies du Hamas. Il n’empêche que quelques soient les intentions “pragmatiques” et éventuellement légitime ou justifiables du pouvoir israélien, elles se sont trouvées largement discréditées pas des actes qualifiables de crimes de guerre de la part de militaires abreuvés de haine et sans respect de la vie humaine, surtout de celle des autres.
Je me fous des questions d’ego des uns et des autres, je constate encore ici que la démocratie a perdu, que la vie a perdu, que les enfants ont perdu, que l’humanité en somme a perdu. Et ici comme ailleurs, il ne nous reste que les yeux pour pleurer si tant est qu’on ait encore des larmes.
La Guyane, c’est pas le Pérou
L’actualité de ces derniers jours est suffisamment riche pour que l’on puisse comprendre les choix éditoriaux des grands organes de presse nationaux. Il faut quand même s’interroger sur le peu de cas qui est fait de la situation dans le département de la Guyane. Ce territoire français est paralysé par un mouvement sans précédent contre la vie chère mené par la plupart des acteurs sociaux du territoire.
Peu de diffusion en radio, quasiment pas en télévision, et pourtant, il s’agit bien d’une partie du territoire national. Je suis partagé. L’actualité ne s’arrête pas à nos frontières, on l’a bien vu encore avec les événements de Bombay ou les affaires de piraterie de l’Océan Indien. Néanmoins, la Guyane est bel et bien française, et l’on ne comprendrait pas que la même situation soit passé sous silence en Corse, en Basse-Normandie ou dans la Creuse. Il y a donc effectivement un problème d’égalité de traitement pour les 200.000 français qui vivent là-bas.
Au coeur de cette histoire, il y a un aspect technique qui nous concerne tous. Vous ne savez surement pas que face à la menace puis à la réalité d’une vague rose aux élections régionales et cantonales de 2004, les gouvernements de Jacques Chirac ont instauré une mesure “préventive” qui ne peut que porter le nom de scélérate… Cette mesure visait à conditionner une bonne part des recettes fiscales et para-fiscales des institutions régionales et départementale à la Taxe Intérieure sur le Produits Pétroliers (TIPP) sur les carburants : elle renvoyait donc largement aux conseils régionaux notamment la responsabilité d’une hausse sur les carburants ; un cadeau important aux acteurs socio-professionnels et aux particuliers, et la politique de la région était et est asphyxiée ; une taxation « normale » ou un peu supérieure à la moyenne, et le gouvernement avait et a beau jeu de dire « Mais vous voyez, la gauche au pouvoir, c’est plus de fiscalité et c’est l’étouffement de l’économie. »
Je n’ai que peu de temps pour développer cet article, mais vous voyez bien qu’à travers un événement tel que cette paralysie de la Guyane peuvent se cacher quelques unes des conséquences d’une politique politicienne revancharde au détriment de l’intérêt général.
Pour en savoir plus, (Lire la suite…)
Zoé Félix mise à nue, par Emmanuel
La radio-télévision française a ceci de charmant qu’elle prend ses programmes potentiellement vendeurs comme “Clara Sheller 2, le retour” pour des phénomènes de société.
Vous vous dites à juste titre “Mais n’a t-il pas d’autres chats à fouetter que de nous parler d’une bluette télévisuelle à venir sur les petits écrans de la France endormie de novembre.” Et vous avez raison.
Oui, mais voilà. Il m’arrive d’avoir la faiblesse les dimanche matin où je suis invité de consulter le TV magazine associé à la plupart des titres de la PQR française pour me reposer les neurones et m’amuser de la vacuité de son contenu. Et j’ai fait l’erreur de lire l’entretien accordé par Zoé Félix, interprête du rôle de Clara Sheller herself à l’occasion de la sortie de la nouvelle mouture de cette série télévisuelle. La miette de croissant m’en est remonté dans l’orifice nasal…
A la question, grosso modo, “Clara Sheller aborde des questions de société sensibles telle que l’homosexualité ou l’avortement, comment vous situez vous par rapport à ça ?” Et l’intéressée de répondre :
Il n’y a que chez les personnes âgées et dans le milieu rural que ces questions peuvent encore choquer (…).
J’avoue que je ne sais pas trop comment argumenter face à un tel concentré de bêtise en si peu de mots, et je vous laisse finalement juges.
De deux choses l’une :
- ou Zoé Félix à répondu par mail ou par téléphone à quelques vagues questions d’une pigiste improbable, et il faudrait chercher dans ces tréfonds de la pratique journalistique pour comprendre comment de telles conneries ont pu être restituées dans ce torchon.
- ou Zoé Félix a vraiment dit ça, et après tout, elle ne représente pas grand chose. Certes. Mais qu’il me soit permis de lui dire qu’il serait nécessaire qu’elle ouvre un peu les yeux pour se rendre compte que le chasseur aviné du dimanche soir de nos campagnes n’a pas le monopole de la connerie, loin de là : le (la) fasciste et le (la) réactionnaire sont des espèces également très répandues en milieu urbain, inutile de le rappeler.
J’aimerais aussi lui présenter des homosexuel(le)s très à l’aise dans leur vie quotidienne en milieu rural et qui n’ont pas eu besoin de se réfugier dans l’anonymat du 4ème ou du 11ème arrondissement parisien ou dans tout autre capitale régionale pour vivre pleinement leur sexualité.
J’aimerais aussi lui présenter des jeunes filles ou des jeunes femmes, et certaines plus âgées, qui n’ont pas attendu que le vent vienne des grands centres urbains pour vivre avec leur temps et revendiquer leurs droits à disposer de leurs corps comme elles l’entendaient…
J’aimerais enfin qu’on arrête de prendre les films d’un Depardon pour un reflet fidèle de la ruralité française… Il s’agit à mes yeux d’une imposture qu’est censé savoir surmonter ou dénoncer tout étudiant de licence en sociologie ou en ethnologie du domaine français : la distinction n’est pas dans la ruralité ou dans l’urbanité, mais dans la catastrophe sociale qui touche nombre de personnes qui ont choisi de vivre la ruralité dans une agriculture extensive malmenée et qui les laisse sur le bord de la route. Mais elle ne résume pas la vivacité de la vie à la campagne dans la plupart des régions de France. Imposture parce que les films de Depardon nous sont vendus sous cette étiquette de la ruralité stricto sensu. Point barre.
Je n’en dirais pas plus, parce que je n’ai pas envie d’être grossier, alors que l’envie m’en prend finalement au fil des lignes…
Je retourne me baigner.
Touches pas à ta femme…
… Même pas avec des gants de boxe…
Je suis un peu lent et en train de me réveiller : le 21ème siècle sera et ne sera que le siècle de la femme occidentale. Même si ma bonne dame on est en 2008 et que trop de femmes se font casser la tête par leurs hommes (appelons un chat un chat), même si des centaines de femmes meurent chaque année sous les coups de leurs compagnons (leurs mecs, pas leurs chats, faut suivre…), il n’en demeure pas moins que les femmes nous démontrent, à nous les hommes qui le valons bien, leur supériorité fondamentale et intrinsèque en même temps qu’elles nous écrasent de leur supériorité limite arrogante.
Vous ne me croyez pas ?
J’en suis la preuve vivante… Moi qui n’ai jamais fait de mal à une mouche par le biais de la force physique, moi qui suis le plus prévenant des mecs, enfin c’est ce que je crois, moi qui exècre la violence (euh, j’en fait peut-être un peu trop)…. Que n’ai-je entendu dans la bouche de ma compagne en réaction à un reportage radiophonique sur la nouvelle campagne ministérielle contre la violence faite aux femmes… Qui plus est pendant le témoignage d’une femme battue ! Et devant ma propre mère à moi en plus…
Il est bien ce reportage… Il m’ont demandé si je voulais témoigner aussi, mais j’ai refusé…
Evidemment, c’est une blague, mais c’est l’occasion de rappeler que la violence conjugale ne devrait pas exister et que cela ne peut disparaître que si nous devenons attentifs à tous les signes qui peuvent nous donner des doutes, et à savoir parler quand il y a présomption. Pour ne pas laisser les femmes et les enfants victimes dans l’isolement.
Sniper à la prison de Grenoble : Al Capone, rentre chez toi…
Le grand banditisme grenoblois est au cœur de l’assassinat sans précédent en France d’un détenu par un tireur posté à l’extérieur de la maison d’arrêt de Varces-Grenoble, dans l’Isère. Peu après les faits, un homme a été interpelé en possession d’une arme. Multirécidiviste, il est toujours en garde à vue lundi matin. La ville de Grenoble a été secouée ces deux dernières années par des règlements de compte meurtriers entre trafiquants de drogue. Ce crime a provoqué des incidents et un début d’incendie dans la maison d’arrêt, qui a été vite éteint. Lundi, le calme était revenu selon l’administration pénitentiaire. (Europe 1).
Enfoncé Chicago et Franck Nitti… Le Lac Michigan baigne les rives grenobloises.
Ca fait longtemps qu’on le dit… Evidemment, ça agace ce surnom de Chicago française. Et puis tout est relatif. Lyon, Marseille, certains quartiers de l’agglomération parisienne peuvent “revendiquer” cette appellation… Alors on se la joue discret depuis 20 ans…
Ca fait longtemps qu’ici on a remballé nos gangs de proxénètes et de racketteurs à la papa qui jouait à vitre ouverte et bras velus par la portière sur les quais de l’Isère…
Ca fait longtemps que les chaines de télévision ont remballé leurs 52 minutes sur la banditisme dans la capitale des Alpes…
Ca fait longtemps aussi que les ramifications de Cosa Nostra ont laissé tomber Grenoble et Fontaine pour des lieux plus plaisants et des créneaux plus lucratifs… (Enfin, c’est ce qu’on dit…)
Il n’empêche… Depuis quelques années, il y a comme un parfum à la Audiard, mais en pas drôle du tout, qui flotte sur la ville… Les “Italiens” qui dézinguent les “Corses”, les “Gitans” qui bottent le cul des “Italiens”, les “Maghrébins” qui plombent les “Gitans”, tout ça sur fond de poudreuse dans les stations de ski. Et pas celle que vous croyez… Demi-sel, les Grenoblois ? Faut voir. Depuis 2007, c’est l’hallali du baltringue, la saint Barthélémy du malfaisant, du quai de Valmy à la Villeneuve, de Fontaine aux étangs de Champagnier…
Pas une semaine, un mois, sans règlement de comptes sanglant. Et puis là, on franchit un cran. On sort le sniper…
Pas étonnant si on a le mauvais goût de rappeler qu’on a beaucoup associé Grenoble et Sarajevo, géographiquement et sociologiquement parlant au moment de la guerre de Bosnie. La comparaison doit s’arrêter là. Pas étonnant non plus si on a l’extrême mauvais goût de rappeler que les joueurs de football grenoblois ont montré la voie samedi soir au Parc des princes en terme de balistique déconcertante. Pas étonnant enfin et surtout quand on visualise les lieux et la colline surplombant la prison.
Mais voilà, il n’y a pas de quoi rire. D’abord parce qu’on parle de vies humaines. Ensuite parce qu’on parle de trafics de drogues, essentiellement, qui développent une économie parallèle et inondent la région de came avec les dangers que cela représente. Je ne vais pas crier au loup, genre “Mais que fait la police ?”, parce que tant qu’il y aura un marché (suivez mon regard) et tant qu’il y aura des mecs suffisamment givrés pour risquer leur peau pour une BMW dernier cri ou un week-end à Ibiza, il n’y aura pas grand chose à faire… Mais quand même.
En attendant, les mecs, drapeau blanc, je veux juste aller acheter mon pain…
Après la mort d’Emmanuel De Roux
Il y a parfois des téléscopages de l’actualité et de la vie qui se révèlent douloureux. J’ai naturellement tendance à ne rien rater de l’information à l’état brut, perpétuellement aux aguets, prêt à analyser de manière autistique les dernières nouvelles liées à la production minière de nickel en Nouvelle-Calédonie ou aux décisions à venir en matière de surpêche à l’échelle européenne.
De ce fait, j’ai horreur de rater des épisodes. Surtout lorsqu’il s’agit de la mort de quelqu’un qui a compté pour moi, l’air de rien. Bien sûr, Paul Newman est décédé et avec lui quelques uns de mes derniers rêves de Far West, mais la découverte par hasard dans une brève de la mort de ce journaliste du Monde en août dernier me touche particulièrement. J’avais déjà été ému par la disparition de sa femme quelques mois auparavant, et la disparition de cet homme me donne une sensation de vide dans la façon qu’il avait de rendre compte de la vie des musées et du patrimoine.
Bien sûr, il m’est souvent arrivé de m’agacer à la lecture de certains articles que je trouvais un peu “parisiens” dans la perspective, ou manquant de précisions sur certains sites que je pouvais connaître un peu mieux. Mais j’ai toujours apprécié la justesse de ton, la sensibilité de l’analyse de ce monsieur, son amour et son dévouement aussi pour l’art et le patrimoine sous toutes leurs formes. Je n’ai finalement qu’un regret, c’est de n’avoir jamais eu l’occasion d’échanger directement avec cet homme qui s’est intéressé à des lieux dont j’ai pu traiter ou où j’ai pu évoluer.
Chapeau bas, Monsieur De Roux, et au revoir.
Chevaux, grotte de Lascaux
Dans l’ambulance… ou la mort de l’État français.
Saint-Agrève, Ardèche – Dans l’ambulance, une femme, un accouchement imminent ; grossesse à risque, peur de l’hémorragie. La maternité privée de Saint-Agrève vient de fermer. Deux semaines à peu près. Une sirène, le gyrophare s’enfonce dans la nuit sur une départementale. Derrière, suit une voiture, un homme au volant – un père – dans l’angoisse. La route est mauvaise, sinueuse… Les orages de la semaine précédente ont dégradé les chaussées, provoqué des éboulements, des chutes de rochers. Le véhicule sanitaire avance lentement, entre chicanes de pierres et rivière de boue. La femme pleure, elle a peur – l’infirmière tente de se rassurer en appliquant à la lettre la procédure d’un tel cas de figure. L’homme écrase sa deuxième cigarette dans le cendrier. Il se souvient de la naissance de l’ainé… En vingt minutes, l’hémorragie ; il est fou de rage face à son impuissance contre la machine administrative omnipotente qui a décidé de la fermeture de la maternité locale. Il ne peut s’empêcher de penser aux notables encravatés, sûrs de leur fait et arrogants dans leur unanimité à décider de l’obsolescence de cet établissement perdu, de ce point sur une carte de France dont un cercle concentrique laisserait à penser que la distance vers les maternités plus importantes les plus proches serait parfaitement raisonnable…
Trois heures. il aura fallu trois heures au bout de l’angoisse pour cette femme, pour cet homme au volant avant de pouvoir bénéficier d’un service public minimal à la maternité d’Annonay. Où est l’égalité des citoyens face à une logique de pure gestion ? Où est la raison face à ce mouvement qui contribue un peu plus à un nouvel exode rural alors que nos villes étouffent… Maternités, perception, postes, demain les sous-préfectures. Déjà, les entreprises déménagent, les commerces suivent, l’hotellerie, les professions libérales, notamment médicales. Et j’en passe.
On me dira, peut être à juste titre, que la maternité de Saint-Agrève n’aurait de toute façon pas convenu pour une grossesse à risque. C’est un simple exemple. La tendance est là. Pour tuer son chien, on dit de lui qu’il a la rage : en retirant progressivement aux maternités rurales les moyens de bien faire, on les a immanquablement condamnées. Les fermetures actuelles ne sont que l’aboutissement logique d’une politique parfaitement raisonnée de démantèlement de l’Etat depuis plusieurs décennies.
Ce pays crève d’une fausse rationnalité économique purement comptable et d’une absence cruelle d’idée de son avenir, au sens le plus noble de l’idéologie. Nous nous voilons la face devant la désindustrialisation, devant la disparition de l’Etat, devant l’absence d’une vraie politique d’aménagement, d’une vraie politique d’innovation et de recherche orientée vers les nouveaux enjeux industriels, notamment environnementaux. Nous laissons le champ libre au tout libéral. Les vrais gouvernants de ce pays sont les énarques du CAC40 qui décident du sort de nos concitoyens en fonction de leurs propres intérêts de caste, préférant investir la richesse nationale dans les pays émergents en attendant que les Chinois ou les Vietnamiens ne se réveillent et n’exigent eux aussi des conditions de vie et de travail décentes. Et nous restons passifs, fatalistes…
Je mélange tout ? Pas si sûr. Réfléchissez-y.
En attendant, dans quelques jours, le 5ème élément devra accoucher à 50 kilomètres d’ici. Toi le décideur de l’Agence Régionale d’Hospitalisation, j’aurais une pensée pour toi. Une pensée comme un regard franc et parfaitement dirigé. Entre tes deux yeux.
Quel avenir pour la Belgique dans le concert des micro-nations européennes ?
Après quelques jours passés encore aux confins des Flandres belges et françaises, et eu égard à mes origines familiales, je me sens particulièrement concerné par les questions existentielles qui taraudent les différentes composantes de la société belge. J’avoue que j’ai du mal à discerner le fond des choses, en partie parce que je connais mal Bruxelles et la Wallonie, et je ne m’amuserai pas à traiter d’un sujet mal maîtrisé.
Je ne peux que vous redire l’amour que j’ai pour cette terre aujourd’hui sans frontière, de Boulogne à Knokke, de Bruges à Arras, de Lille à Anvers, mais aussi du côté de Charleroi et du Luxembourg. Je vous restitue cet entretien paru le 19 juillet dans le monde.fr.
Pour Philippe Moreau-Defarges, spécialiste des questions européennes à l’Institut français des relations internationales (IFRI), la crise identitaire que traverse la Belgique illustre l’affaiblissement des Etats dans un environnement démocratique prônant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Selon lui, l’intégration européenne accélère naturellement cette désintégration des Etats.
Le roi Albert II a refusé la démission du premier ministre belge, Yves Leterme, qui aura pour mission d’établir un “dialogue institutionnel” entre les communautés flamande et wallone. Que peut-on attendre de ce dialogue ?
Philippe Moreau-Defarges : Le roi fait ce qu’il peut pour sauver l’unité de la Belgique, avec des pouvoirs extrêmement limités. Il a certainement le sentiment d’avoir affaire à une classe politique qui, dans sa majorité, se résigne sinon à l’éclatement de la Belgique, du moins à une formule confédérale très souple. Le diable est dans les détails : on voit bien que la crise se focalise de plus en plus sur des questions de partage de circonscriptions, sur des détails. Le pacte social et le lien Wallons-Flamands est tellement abîmé qu’on essaie de le rebricoler sans cesse, mais à force de le rebricoler, le résultat est de plus en plus précaire, compliqué et fragile.
La Belgique va-t-elle s’orienter vers un système confédéral ?
Il y a trois hypothèses. La première, c’est le statu quo ; au vu de la profondeur de la crise, il est exclu. La deuxième, c’est la confédération, c’est-à-dire une Belgique qui n’aura plus qu’un seul lien, le roi, et de très faibles éléments communs dont la politique étrangère et, sans doute, un statut particulier pour Bruxelles. C’est probablement la solution vers laquelle s’orientent les esprits les plus raisonnables. L’idée étant une séparation totale des dépenses sociales entre Wallons et Flamands. La troisième hypothèse, c’est l’éclatement pur et simple de la Belgique. Rien n’est impossible en histoire, mais une éventuelle partition devra passer par un référendum. Or la Belgique ne peut pas prendre aujourd’hui le risque d’organiser un référendum qui déchaînerait les passions. Les indépendantistes demanderont un référendum chez les Flamands et un chez les Wallons ; les Wallons un référendum entre tous les Belges. D’un côté, cette question insoluble du référendum constitue une grande chance pour l’unité de la Belgique.
En février, le Kosovo a proclamé son indépendance, reconnue par de nombreux pays européens. Des revendications indépendantistes existent aussi en Ecosse, au Pays basque, en Corse, en Belgique… S’agit-il d’une tendance de fond ?
Il y a en effet une tension croissante entre la stabilité des Etats et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La première cause, c’est la paix, qui favorise la fragmentation des Etats et la remise en cause des acquis. Mais la question de fond, c’est la transformation radicale du pacte étatique, qui est devenu un instrument entre des groupes aux intérêts divergents.
Si un jour les Flamands, les Ecossais, les Bretons, les Catalans ou les Québéquois disent démocratiquement par un vote qu’ils ne veulent plus faire partie de tel Etat, au nom de quoi peut-on les en empêcher ?
Lorsque certains Etats reconnaissent l’indépendance du Kosovo, ils reconnaissent le droit d’un peuple à se séparer d’un Etat parce qu’il ne s’y sent plus à l’aise. Les indépendantistes flamands ne demandent pas autre chose. Il y a un véritable problème lié à la démocratisation très profonde du pacte étatique et au fait que les acteurs de ce pacte disent : “Moi, je ne fais partie de ce pacte que dans la mesure où il me convient. Si ce pacte ne me convient pas, j’ai le droit de m’en aller.” La démocratie est beaucoup plus qu’un régime politique, c’est une grande idée selon laquelle chacun a le droit d’être lui-même, à l’égal de l’autre. Ce qui implique que chaque peuple a droit à son propre Etat. On peut faire un parallèle extrêmement intéressant entre le divorce entre les individus et le divorce entre les peuples. La grande question est : qu’est-ce qu’un peuple ? Il y a donc un vrai problème entre la stabilité territoriale des Etats, dont le monde a besoin, et cette dynamique très forte de fragmentation.
L’intégration européenne accélère-t-elle cette désintégration des Etats que vous évoquez ?
Oui. L’intégration européenne a un effet désintégrateur sur les Etats membres. Les Etats perdent beaucoup de compétences qui sont transférées vers l’UE, et certains groupes estiment qu’ils n’ont plus besoin des Etats existants puisqu’il y a l’Europe. La construction européenne, qui reste en principe contrôlée par les Etats, doit donner la voix aux peuples, faire exister ces peuples, et contribuer par là même à la légitimation de ces mouvements.
L’UE n’a-t-elle pas au contraire intérêt à empêcher l’éclatement de la Belgique pour refermer cette boîte de Pandore ?
C’est tout à fait vrai, mais en histoire, la raison ne l’emporte pas toujours, et même rarement. Les Etats de l’UE ont tout intérêt à empêcher l’éclatement de la Belgique, qui est au cœur de l’UE. Mais comment des états démocratiques pourront-ils s’opposer à une Flandre demandant démocratiquement à constituer son propre Etat ?
Quel pourrait être l’attitude de l’UE vis-à-vis de ces nouveaux Etats ?
C’est l’un des grands débats à venir. Si la Flandre devient indépendante, comme l’Ecosse peut-être un jour, sera-t-elle membre de droit de l’UE ou devra-t-elle poser sa candidature ? Supposons que demain, la Flandre devienne indépendante, pose sa candidature d’adhésion à l’UE, et que la Wallonie soit considérée comme l’Etat belge. Que va faire la Belgique wallonne ? Evidemment, elle dira non à l’entrée de la Flandre dans l’UE. On est au début de bras de fer extrêmement difficile entre les Etats tels qu’ils existent, la construction européenne et certains mouvements qui vont jouer la carte de l’indépendance.
Propos reccueillis par Soren Seelow
Bruges, au couchant.
Le Mauvais Air, William Daniels
“Malaria, ” Mala Aria “, mauvais air, c’est le nom donné autrefois au paludisme lorsque la maladie décimait les populations en Italie et dans le reste de l’Europe.
Aujourd’hui la malaria fait toujours des ravages. Loin de nous, en Afrique subsaharienne principalement, mais aussi en Asie et en Amérique du Sud.
Engagé au côté de l’AFMEurope depuis 2006, William Daniels parcourt le monde pour rendre compte de ce fléau, des populations déshéritées qui le subissent et des actions de lutte menées pour le contrôler”
Il présente du 9 au 28 septembre sur le pont des arts à Paris une exposition des clichés issus de ce travail.
©William Daniels – Femme enceinte atteinte de malaria dans une clinique près de Bujumbura, Burundi.
A ta santé et à celle de tes proches, Vianney !




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