Le Nord va bien, merci !
“Nous connaissions ces soirées habituelles, à Boulogne ou à Avesnes-sur-Helpe. Des soirées-bières où on invite les voisins, on boit beaucoup, on joue aux cartes ou au jeu de l’oie, et où le gagnant peut choisir une petite fille, avec l’accord des parents.” “Là-bas, ce ne sont pas des psychologues qu’il faut envoyer, mais des sociologues ou des ethnologues” Didier Beauvais, avocat à la cour de Cassation
Ces propos auraient été tenus lors des auditions du juge Burgaud dans le cadre de l’enquête disciplinaire sur l’affaire d’Outreau, Outreau qui comme peu le savent finalement, est une petite bourgade de bord de mer dans la périphérie de Boulogne sur Mer.
Les sphères politiques de la région Nord-Pas-de-Calais sont quasiment immédiatement montées au créneau, réclamant des excuses publiques et une procédure disciplinaire à l’encontre de ce personnage. Bien sur, il faudra faire la preuve que ces propos ont bien été tenus, et à ce titre je me garderai bien de lancer un jugement moral définitif, n’étant pas moi-même un petit juge d’instruction se laissant porter par la vindicte populaire.
Si cependant ces propos ont bel et bien été prononcés, je dois dire qu’ils ne me font pas rire. Pas du tout. A double titre. En tant que Nordiste et en tant qu’ethnologue de formation.
Je ne comprends pas comment l’on peut laisser à penser qu’une composante culturelle d’une part importante de la population française pourrait se laisser aller à de tels comportement, sinon en ayant oublié de se servir de longue date de ses derniers neurones… Comme si le mélange alcool, misère économique, misère sociale et atavisme culturel pouvait engendrer de tels faits de manière largement répandue. Serait-ce oublier que si ces faits-divers existent bel et bien, ils ne sont pas l’apanage d’une région, d’un peuple, d’une culture ou d’une catégorie sociale. La perception de la pédophilie a évolué à travers les contrées et les âges. Elle était socialement justifiée dans l’occident grec, avant de devenir dans le discours des élites une tare des miséreux.
Elle est longtemps resté un tabou dans les mots, pour être enfin stigmatisée dans les faits comme un phénomène inacceptable, au même titre que la violence faites aux femmes. Pas besoin de chercher bien loin pour se rendre compte qu’elle est un phénomène largement répandu en France sur tout le territoire national et dans toutes les couches de la population.
Faut-il remémorer ces affaires de juges pris la main dans le sac en possession de milliers d’image pédo-pornographiques ? Faut-il rappeler ces histoires de moeurs de notables de province, notaires, avocats, huissiers, abusant de jeunes filles à peine pubères pour quelques billets, satisfaisant ainsi leur perversité chronique ?
Faire appel à l’ethnologie ou à l’ethnopsychiatrie est encore plus pervers, car c’est tenter d’instrumentaliser une discipline scientifique déjà fragilisée par une certaine forme de bien-pensance en lui demandant de confirmer par sa légitimité scientifique un préjugé grossier sur une caractéristique soi-disant culturelle. Encore une fois, la pédophilie touche a priori toutes les catégories socio-professionnelles : laisser à penser qu’elle touche des catégories exclusivement populaires, en stigmatisant une région donnée, est parfaitement vomitif, parce que cela fait appel aux visions les plus nauséeuses et les plus méprisantes du déterminisme renvoyant les pauvres à leur condition sans autre forme de procès, en les parquant dans un ghetto imaginaire fait d’alcool, de crasse, d’ignorance, d’abjection sexuelle, et si possible dans une contrée déjà largement stigmatisée pour la prétendue noirceur de ses murs et de ses ciels, pour la prétendue rusticité de sa langue, par ailleurs reconnue comme telle par le Conseil de l’Europe, ou pour la prétendue pauvreté spirituelle et matérielle de ses habitants.
Je ne me permettrai pas d’être grossier envers la personne incriminée, puisqu’elle tente de faire valoir certains arguments. Je dis simplement que j’en ai marre que l’on s’en prenne aux couches populaires quand il faudrait aussi regarder avec plus d’acuité son voisin de cocktail, que j’en ai marre que l’on s’en prenne à ma région, aussi, surtout de la part de dégénérés n’ayant qu’une connaissance géographique et sociologique approximative de ce qui dépasse leur champs de vision étroit du 5ème arrondissement parisien ou de leurs bureaux miteux de fonctionnaires étriqués de sous-préfecture.
Mes enfants par mes origines sont aussi des enfants du Nord. Je veux qu’ils soient, aussi, fiers de ces racines. Cela dépasse l’idée des imbéciles heureux nés quelque part, c’est une simple logique de possiblité de construction de soi dans une -des- histoires familiales et culturelles qui ne seraient pas entâchées de suspicions entraînées par la bêtise crasse de quelques supporters haineux ou de quelques bourgeois imbéciles.
C’est une question d’honneur. Il n’y a pas qu’en Corse ou qu’en Albanie qu’on connait ce mot et cette valeur.
Bravo !
Ce fut un plaisir et ça soulage…
je dis merde aussi. (bah oui, même si je suis au sud du nord) je t’ai déjà dit que j’aime bien quand tu t’énerves? Non? ben voilà c’est fait.
ça fait du bien de lire ça, comme ça a dû te faire du bien de l’écrire et en plus, je n’ai pas un mot à rajouter.
he Franckie, t’as du boulot : un avocat de la cour de cass !
@Sand Comment peux-tu être au sud du nord en étant au nord du Nord ? A moins que la Belgique ait un côté méridional caché ?
Oui, bon, ok, je sais bien que par certains côtés vous êtes un peu Lorrains…
@Emmanuelle comme dirait mon fils “Ca fait du bien, oh oui…”
@marceline, Pour l’instant, je lui laisse le bénéfice du doute, mais Franckie est au jus…
Bonjour les gens.
C’est une énième tempête dans un verre d’eau, cette histoire. En fait ce n’est pas en tant que conseiller à la cour de cass’ qu’il intervenait, mais en tant qu’ancien président de la chambre de l’instuction de la cour d’appel de Douai (qui regroupe pour schématiser tout le Nord Pas de Calais), boulot qu’il a exercé pendant près de dix ans. Et dans le cadre duquel il a vu passer un nombre assez impressionnant de dossiers de moeurs joyeusement cracras, dont il a cité des exemples précis lors de son audition. Quand je dis précis, ça veut dire des faits dont il a eu à connaître, qui ont par la suite été jugés et qui ont entraîné des condamnations, pas des on-dit.
Donc ce ne sont pas des allusions à “ces gens là” qui ont été rapportées dans les (torchons) journaux, mais des récits factuels savamment généralisés lors de leur transcription presse. Le but de son intervention (devant une commission de discipline, au passage, pas dans une conférence de presse, un cocktail mondain ou un discours militant) d’ailleurs n’était pas de faire de l’humour ou de dire “dans le Nord ils sont tous comme ça” mais “quand on voit arriver un dossier comme Outreau sur le bureau, on l’estime crédible parce qu’on a déjà vu pareil voire pire, et souvent”.
Le problème est qu’actuellement la presse est ravie de surfer sur la vague du juge-bashing, et les élus locaux sur celle des super chtis, donc là c’était le jackpot pour tout le monde…
yo, lillois de souche
@Yo C’est pour ça que dans ce cas précis j’emploie le conditionnel, histoire de ne pas (trop) tomber dans le lynchage à l’envers.
Il n’empêche, qu’il y ait une réalité n’est pas contestable, mais pourquoi plus dans le Nord qu’ailleurs, pourquoi plus dans les couches populaires qu’ailleurs, et le problème est bien là : d’accord, c’est la Voix du Nord qui sort l’affaire, mais pour combien d’angles d’attaque de médias nationaux sur les versants négatifs du N-P-d-C. quand on ne voit, excès inverse, que les aspects idylliques d’autres régions françaises ?
@Emmanuel : c’est une bête question de chiffres… Ce n’est pas qu’ailleurs c’est tout rose, c’est qu’on recense quantitativement plus d’affaires du genre dans la région NPdC. Pourquoi ? mystère, et c’est pour ça que le témoin suggérait l’intérêt de sociologues ou d’ethnologues, pour comprendre, analyser le phénomène, et prévenir autant que possible, pas juste dans la région, partout. Ont récemment été créés l’Observatoire National de l’Enfance en Danger et les observatoires départementaux, qui ont notamment comme job de tenter de commencer à répondre à ces questions, reste à voir évidemment si ce ne seront pas des énièmes comités théodule bons à occuper quelques cadres de l’Etat.
Je comprends ton point de vue, mais il faut faire très attention avec les chiffres ; je voudrais déjà voir ces statistiques, et il faudrait les corréler avec d’autres paramètres avant de dire que ce phénomène existe de manière plus récurrente dans le NPC : population, pyramide d’âge -je veux dire par là proportion d’enfants de moins de 15 ans dans la population de la région par rapport aux statistiques nationales- , statistiques sociales (en la matière, je ne t’apprendrai rien en te disant que les familles sous tutelles ou suivies par les services sociaux pour d’autres motifs sont plus susceptibles d’être repérées que des familles x ou y n’étant pas “sous surveillance”, biais possible). Attention, je ne suis pas en train de dire que tu as tort, Yo, mais que je reste très circonspect !
Là où tu as raison, c’est que dans le cadre d’une rigueur journalistique, j’aurais du attendre la retranscription exacte des propos du juge avant de faire mon billet, mais je l’assume car je n’ai absolument pas d’approche journalistique dans ce cas et que j’emploie le conditionnel pour cette personne tout en rappelant la stigmatisation systématique d’une région ! D’autant plus que quelque chose me dit que l’affaire aura largement disparu de la grande roue médiatique quand une brève nous apportera discrètement les propos exacts de D. Beauvais.
Je suis d’accord pour attendre, avant d’envoyer Franckie, les échanges de Yo et manu sèment le doute…
(Mais enfin, c’est pas compliqué pourtant je suis au sud du Nord… La Wallonie, cest le grand sud pour nous… )
Merci pour ton agréable commentaire
Je repasserai !