PALIMPSESTES, Agora

“Notre société est-elle plus érotique qu’auparavant ?”

Posté en ACTUALITÉS, PSYCHOLOGIE par Palimpsestes, Agora à 27 février 2008

Je vous retranscris intégralement un très bon entretien conduit par Eve Moulinier, journaliste au Dauphiné Libéré qui consacrait un dossier au salon de l’érotisme de Grenoble : elle y interrogeait le sociologue et philosophe grenoblois Gilles Lipovetsky pour évoquer “l’érotisation de la société, ses limites et son évolution à travers le temps.

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Valérie Genin, DL, Octobre 2007, © Tous droits réservés.

Notre société est-elle plus érotique qu’auparavant ?
« L’érotisme est une dimension qui s’est renforcée depuis la libération de la femme. À partir du moment où l’on n’a plus considéré le sexe comme coupable, l’érotisme a été recherché au sein même du couple. Il a donc été plus visible, mieux accepté.
« Car si l’on prend un peu de recul, on s’aperçoit qu’auparavant, il était une obsession purement masculine qui ne pouvait se concrétiser qu’en dehors du mariage. L’homme viril se devait de multiplier les conquêtes, allait dans les maisons closes. L’érotisme n’avait pas sa place au sein du couple d’autant plus que le rapport conjugal ne durait alors que trois minutes… Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui, l’homme viril se doit de faire jouir une femme. L’érotisme actuel est plus dans le qualitatif que dans le quantitatif ».

Cela veut-il dire que notre société est plus épanouie?
« Le phénomène d’érotisation a élevé les standards et a, du coup, généré de l’insatisfaction. Des études montrent qu’aujourd’hui, alors que l’hédonisme est sans arrêt valorisé, près de 6 personnes sur dix se déclarent quand même insatisfaites sexuellement. Il y a une vraie discordance entre idéal érotique et pratiques réelles ».

La pornographie a-t-elle tué l’érotisme?
« Beaucoup d’intellectuels disent que l’érotisme recule au profit de la pornographie. C’est vrai que la seule industrie pornographique américaine produit plus de 10 000 films par an, c’est-à-dire plus que les studios hollywoodiens classiques. Or si la pornographie fait consommer du sexe, ce n’est que du sexe en images qui n’a rien avoir avec les pratiques. La pornographie est fonctionnelle, elle donne une vision d’êtres humains expurgés de tous les attributs, sauf de leurs organes sexuels. En revanche, l’érotisme implique des personnes et offre une vision plus globale du plaisir. Ce qui fait qu’il est plus apprécié des femmes ».

Les femmes d’aujourd’hui sont pourtant plus libérées, elles s’achètent des accessoires…
« C’est vrai qu’elles se sont aujourd’hui approprié l’érotisme. Mais leur point de vue reste différent. L’homme a toujours été phallocentrique, obsédé par la performance. La femme, elle, a une vision plus polymorphe du plaisir. Et quand elle s’achète des accessoires érotiques, elle demande qu’ils soient ludiques, colorés et esthétiques. Rien à voir avec les accessoires, un peu glauques, que l’on trouvait auparavant ».

Ces deux visions peuvent-elles quand même se rejoindre?
« Oui, notamment quand deux êtres s’aiment très fort et que les corps ont la chance d’être au diapason. L’érotisme va rapprocher l’homme et la femme. Quant à savoir si cela peut durer dans le temps, ça, c’est une autre histoire… ». “

Eve Moulinier, DL, 22/02/08. Qu’elle et sa rédaction me pardonne de reproduire cet article que j’ai jugé très intéressant car concis et précis en même temps.

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Une vrai représentation des limites de l’érotisme par une image saisie au vol sur le bandeau Flickr.
- Anija, “Deeply”, © Tous droits réservés.

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